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Coronavirus : un vaccin testé pour la première fois chez l’Homme

Crédits : TheDigitalArtist/Pixabay

Alors que la France se réveille en confinement quasi total ce mardi, des chercheurs continuent de travailler d’arrache-pied dans le but de proposer un vaccin contre le coronavirus Covid-19. Ce lundi, une équipe américaine a même débuté un premier essai clinique.

Pour développer un vaccin, les chercheurs s’appuient généralement sur les virus eux-mêmes. L’idée, de manière grossière, consiste à les “abîmer” suffisamment de manière à garantir une réplication très faible (voire nulle). Grâce à cette méthode, nous pouvons exposer, et donc habituer, notre système immunitaire aux protéines produites par l’agent pathogène. Plus tard, nos défenses naturelles seront alors en mesure de reconnaître cet ennemi s’il se représente, et de déclencher une réponse immunitaire.

L’inconvénient de cette méthode, c’est que le simple fait d’isoler et de manipuler l’agent pathogène, puis de le cultiver à grande échelle, prend beaucoup de temps.

Il peut arriver que certains virus ne présentent en surface qu’un nombre limité de protéines auxquelles le système immunitaire est capable de répondre. Dans ces cas, il est alors possible pour les chercheurs de se concentrer uniquement sur les gènes de ces protéines, en produisant de grandes quantités de protéines elles-mêmes. Néanmoins, si la technique permet de gagner un peu de temps, elle implique toujours des défis avec la production à grande échelle.

Mais il existe une autre approche, connue depuis quelques années, qui permet de simplifier encore davantage le processus. Pourquoi ? Parce qu’elle permet le développement d’un traitement dès que le génome du virus est séquencé. Ce qui a été fait par l’Institut Pasteur à Wuhan (Chine) il y a plusieurs semaines déjà.

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Crédits : NIAID

Copier les ARN messagers

Les protéines sont produites en traduisant la séquence d’une molécule appelée ARN messager, généralement transcrite à partir d’un gène sur le chromosome de l’organisme. Ce que fait un virus, lorsqu’il pénètre dans notre organisme, c’est qu’il ordonne à telle ou telle cellule de fabriquer ses protéines en créant des ARN messagers à partir de son propre génome.

Cette nouvelle approche, dont il est ici question, vise donc à faire de nombreuses copies des ARN messagers que ledit virus utilise, puis de les emballer dans un vaccin. Après injection dans l’organisme, ces copies pénètrent dans nos cellules et les incitent à fabriquer les protéines virales.

L’avantage, c’est que sans le reste du virus, ces protéines restent inoffensives. Et en cas de nouvelle attaque de l’agent pathogène, nos défenses naturelles sauront réagir dans la mesure où elles auront déjà été exposées à ces protéines.

Cependant, tout n’est pas aussi simple. Il faut savoir que notre système immunitaire interprète généralement les molécules d’ARN venant de l’extérieur des cellules comme des menaces. C’est pourquoi il fait en sorte que ces dernières soient détruites. Pour anticiper les pertes, vous devez donc produire énormément de ces molécules.

Et ensuite, il faut également savoir que les molécules ARN sont très chargées, ce qui rend leur passage à travers les membranes grasses d’une cellule très compliqué. L’idée consiste alors à les encapsuler dans de petite poches de graisse. Celles-ci fusionneront ensuite avec les membranes des cellules, transférant plus facilement les ARN messagers à l’intérieur, où ils pourront commencer la production de protéines virales.

Un premier essai clinique

La société Moderna, qui s’est focalisée sur cette approche, a réussi à relever tous ces défis pour finalement développer un vaccin expérimental nommé ARNm-1273. Un premier essai de phase I vient de débuter, dirigé par le Kaiser Permanente Washington Research Institute de Seattle (États-Unis), dans le but d’identifier les doses tolérées sans effets secondaires. L’idée consistera à proposer une injection à 45 adultes en bonne santé âgés de 18 à 55 ans.

Les deux premiers de ces patients volontaires sont un homme, nommé Neal Browning, et une femme nommée Jennifer Haller, directrice des opérations d’une petite entreprise de technologie. « Nous nous sentons tous si impuissants. C’est une opportunité incroyable pour moi de pouvoir faire quelque chose », a-t-elle déclaré.

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Jennifer Haller, à gauche, a reçu son injection hier (lundi 16 mars 2020) au Kaiser Permanente Washington Health Institut de recherche de Seattle. Crédits : Ted S. Warren

Côté calendrier, si aucun problème n’est détecté pendant la phase I, la phase II pourra alors débuter. Dans ce cas, un plus grand nombre de patients seront traités pour évaluer la véritable réponse immunitaire du vaccin. La société Moderna prépare déjà les doses, et s’assure de disposer des installations nécessaires pour augmenter considérablement la production si nécessaire.

En cas de succès, nous pourrions alors avoir un vaccin disponible pour une utilisation généralisée d’ici 12 à 18 mois.

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