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Coronavirus : l’Afrique subsaharienne est « une bombe à retardement »

Crédits : emmagrau/Pixabay

Un temps préservée, l’Afrique subsaharienne est désormais touchée par la propagation du coronavirus. Et pour certains experts, ce n’est que le début.

Comme le reste du monde, l’Afrique subsaharienne subit désormais aussi la pandémie de Covid-19. L’Afrique du Sud, qui enregistrait son premier cas il y a une dizaine de jours, en compte désormais une soixantaine. L’Éthiopie (4 cas), le Cameroun (3 cas), le Rwanda (5 cas) et le Kenya (3 cas) sont également touchés. La Guinée équatoriale ou encore la Namibie viennent à leur tour de signaler leurs premiers cas.

Ce ne sont ici que des exemples (au moins 26 nations du continent sont touchées) et les cas d’infection se multiplient. De nombreux experts pensent également que le COVID-19 circule silencieusement depuis plusieurs semaines à l’échelle du continent. Ainsi, les chiffres officiels pourraient largement sous-estimer le nombre de cas réel.

Plusieurs mesures annoncées

En réponse à la menace, plusieurs pays ont décidé de fermer leurs frontières et de suspendre les vols en provenance de pays où des cas de coronavirus ont été confirmés.

Au Kenya par exemple, le président Uhuru Kenyatta vient d’annoncer que son gouvernement suspendait tous les déplacements en provenance de pays où au moins un cas de contamination au Covid-19 a été confirmé. Seuls les citoyens kényans et les ressortissants étrangers disposant d’un titre de résidence permanente auront l’autorisation de revenir sur le territoire à condition qu’ils se placent en quarantaine.

Le Ghana va quant à lui interdire à partir de demain (mardi) l’entrée sur son territoire à toute personne s’étant rendue dans un pays où plus de 200 cas d’infection sont avérés (excepté les citoyens ghanéens).

Ce dimanche, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a également déclaré l’état de catastrophe nationale. « Jamais auparavant dans l’histoire de notre démocratie nous n’avons été confrontés à une situation aussi grave« , a-t-il déclaré à la télévision. Il a ensuite annoncé la fermeture des écoles ou encore l’interdiction de grands rassemblements.

À l’image de nombreuses nations ailleurs dans le monde, les pays d’Afrique semblent donc opter pour le repli. Cependant, ces prises de mesures seront-elles suffisantes ? Beaucoup craignent que non. L’Afrique subsaharienne, qui abrite plus d’un milliard de personnes, est en effet un cas à part. Bruce Bassett, de l’Université du Cap, s’est notamment dit très préoccupé par la situation, comparant le continent africain à une véritable « bombe à retardement« .

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Un temps épargnée, l’Afrique subsaharienne subit désormais elle aussi la pandémie de Covid-19. Crédits : Université John Hopkins/capture d’écran

Des systèmes de santé déjà fragilisés

Plusieurs facteurs peuvent justifier ces craintes. Dans de nombreux pays africains, les systèmes de santé subissent déjà d’autres épidémies. On pense notamment à celles du VIH de la tuberculose (TB). En plus d’être très graves, ces dernières ont également le pouvoir d’exacerber la dangerosité des infections respiratoires.

Il y a quelques jours, l’Académie des sciences d’Afrique du Sud a notamment averti que les personnes vivant avec le VIH étaient en moyenne huit fois plus susceptibles d’être hospitalisées pour une pneumonie causée par le virus de la grippe que la population générale. Elles sont aussi trois fois plus susceptibles d’en mourir. Or, nous savons désormais que le Covid-19 est encore plus virulent.

Les capacités d’accueil des malades sont également très fragiles. Alors qu’en France ou en Italie se pose la question des places disponibles en réanimation, il est important de souligner que le Kenya, qui compte plus de 50 millions d’habitants, ne disposait en 2015 que de 130 lits d’unités de soins intensifs et d’environ 200 infirmières spécialisées. Ce n’est ici qu’un exemple. De manière plus globale, l’Afrique abrite seulement 1,3 % des professionnels de la santé. Pourtant, elle porte à elle seule 25% de la charge mondiale de maladies.

Par ailleurs, des mesures de « distanciation sociale » ont été instaurées dans plusieurs pays pour éviter la propagation du virus. Cependant, le simple fait de « limiter les contacts avec autrui » pourrait être difficile à mettre en pratique dans certaines zones surpeuplées à l’intérieur desquelles de nombreuses générations vivent ensemble dans un même ménage.

Il en est de même pour la mise en pratique des autres gestes barrière. « Comment pouvez-vous dire aux populations de tel ou tel village de se laver les mains quand il n’y a pas tout simplement pas d’eau ou d’utiliser du gel pour se désinfecter les mains alors qu’elles n’ont pas assez d’argent pour se nourrir ?« , s’interroge Francine Ntoumi, experte en santé publique à l’Université Marien Ngouabi, en République du Congo. « J’ai bien peur que ce soit le chaos« , dit-elle.

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Crédits : vleyva/pixabay

Une population « jeune »

L’Afrique subsaharienne présente néanmoins un léger avantage comparée à d’autres régions du monde. Sa population est en effet relativement jeune. On y retrouve moins de 4 % de personnes âgées contre environ 12% pour la Chine. Et a priori, les enfants semblent moins touchés par le COVID-19. À ce jour, ils ne représentent que 2% des personnes contaminées. Nous savons également que plupart des jeunes adultes semblent souffrir de symptômes légers même si ces derniers ne sont pas à l’abri de souffrir davantage.

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