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Comment avoir une conversation avec une personne que l’on déteste ?

Crédits : Pixabay

Nous nous sommes tous à un moment donné dans nos vies retrouvés face à quelqu’un que l’on déteste lors d’un repas, d’un cours, d’une rencontre ou autre. Mais comment garder son sang-froid et pouvoir tout de même communiquer tout en ayant constamment l’avantage ? Un ancien journaliste américain vous dit tout !

Le site Capital.fr avait déjà publié un article intitulé Comment bosser avec une personne qu’on déteste ? mais ici, il s’agit de comprendre comment il est possible de communiquer avec quelqu’un que l’on hait, tout bonnement.

Pour répondre à cette problématique finalement plutôt commune, Vice News a récemment interviewé Jay Heinrichs, un journaliste américain qui s’est lancé dans l’étude de la rhétorique, de la linguistique (modernes et anciennes) ainsi que des neurosciences après 25 ans de carrière. Auteur de plusieurs ouvrages, l’intéressé vend ses talents à des clients comme le ferait un coach.

Jay Heinrichs décrit une expérience vécue, où ce dernier a utilisé ses talents pour « venir à bout » d’un odieux personnage, le beau-frère d’une amie avec qui il devait déjeuner. L’homme était conseiller pour une entreprise pénitentiaire privée ayant fait fortune grâce à des contrats passés avec le gouvernement américain dans le but de protéger la frontière avec le Mexique et d’appréhender les clandestins. Jay Heinrichs l’avait identifié comme étant supporter de Donald Trump, anti-Obama et misogyne de surcroît.

Jay Heinrichs est passé maître dans l’art de la rhétorique, à savoir l’art de persuader par l’éloquence maîtrisé notamment par un certain Nelson Mandela. Ce dernier a organisé ces techniques en plusieurs outils : l’objectif, l’audience, l’intérêt que vous montrez à votre interlocuteur, la sympathie et l’amour.

« La première chose à faire lorsque vous vous retrouvez face à un crétin consiste à vous demander ce que vous souhaitez en tirer », estime l’intéressé.

L’humilier ou entrer en conflit ouvert avec votre interlocuteur peut être source de tensions avec d’autres personnes que l’on apprécie. Jay a donc choisi la douceur et a tenté d’apprendre quelque chose de l’individu en le questionnant au sujet des prisons américaines.

« Ne pensez pas à battre votre adversaire. Pensez plutôt à une victoire sur toutes les personnes autour qui vous écoutent. »

Il s’agit de ne pas passer pour le plus belligérant des deux, mais plutôt sembler être une meilleure personne. Alors que l’individu se vantait de l’argent qu’il avait amassé grâce à la lutte contre les clandestins mexicains, Jay n’avait tout simplement pas relevé et avait continué à manifester de l’intérêt.

« J’ai donc commencé à lui poser des questions, en m’intéressant aux définitions, aux détails. »

L’individu a déclaré à Jay que « les Mexicains ne deviennent jamais vraiment Américains » et que les femmes immigrées désiraient « juste des allocations plus importantes ». Jay lui a demandé des détails sur ses définitions des termes « mexicains » et « allocations » tout en lui demandant si sa compagne à lui travaillait.

Les personnes interrogées sur le sens de leurs propres mots ont tendance à assouplir leur discours, c’est alors que l’homme a admis que bon nombre de Mexicains étaient bien intégrés à la société américaine et a corrigé le terme « allocation » par « budget familial ». Jay s’est également intéressé au nombre de détenus mexicains dans les prisons et à une éventuelle augmentation, mais l’homme a admis que de moins en moins d’entre eux se retrouvaient incarcérés, preuve que les Mexicains ne « grouillent pas le long de la frontière » comme il est commun de l’entendre.

Questionner l’individu sur des définitions précises et demander des détails semble être une arme imparable puisque la personne sera susceptible de souvent revenir sur ses propos pour les modifier. Ici, l’homme était devenu pressé de terminer le repas, un repas qu’il a même offert à Jay.

Déstabiliser une personne que l’on déteste en se montrant cordial, intéressé par ses propos et en usant des armes de rhétorique est tout de même osé. Cet art n’est peut-être pas à la portée de tout le monde, mais quoi qu’il en soit, n’usez jamais de violence et de nervosité, histoire de ne pas vous décrédibiliser.

Sources : Vice NewsLe Monde