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Les continents tropicaux, une source croissante de méthane depuis 2010

Le méthane (CH4) contribue actuellement à hauteur de 20 % au réchauffement climatique anthropique. Or, une étude soutient que les changements observés depuis 2010 dans le rythme d’augmentation du méthane sont principalement liés aux émissions issues des continents tropicaux. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications ce 16 mars.

On rappelle que depuis le début de la révolution industrielle, la concentration atmosphérique en méthane a plus que doublé. En effet, celle-ci est passée de quelque 720 ppb (parties par milliard) en 1850 à près de 1900 ppb en 2021. Le rythme d’augmentation de ce gaz n’est cependant pas aussi régulier que celui du dioxyde de carbone (CO2) ou du protoxyde d’azote (N2O).

Alors que l’on a observé une stagnation des concentrations entre 2000 et 2006, le méthane est brutalement reparti à la hausse en 2007 avec une accélération de celle-ci en 2013. Dans une nouvelle étude, des chercheurs se sont concentrés sur les facteurs responsables des changements de rythme observés entre 2010 et 2019.

Changements dans les émissions continentales de méthane entre 2010-2014 et 2015-2019. Les valeurs positives indiquent une hausse, les valeurs négatives une baisse (en Tg par an, 1 Tg = un million de tonnes). Crédits : Liang Feng & coll. 2022.

Accélération de la hausse du méthane : un rôle dominant des continents tropicaux

Les travaux reposent sur l’analyse d’observations satellitaires et soutiennent que plus de 80 % des variations rapportées sont attribuables aux émissions provenant de la zone intertropicale. Il s’agit plus précisément des surfaces continentales qui ont libéré une quantité de plus en plus importante de méthane au cours de la dernière décennie.

Émissions de méthane en anomalies par rapport à la moyenne 2010-2019 (en Tg par an). En noir, rouge, cyan et bleu, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Asie du Sud-est et l’Inde, respectivement. Crédits : Liang Feng & coll. 2022.

L’Afrique est le continent avec la plus grande contribution, suivie de l’Amérique du Sud et de l’Inde. Bien qu’il soit encore trop tôt pour savoir s’il s’agit là d’une rétroaction climatique, c’est-à-dire d’une hausse des émissions naturelles induite par le réchauffement climatique, les chercheurs notent que les régimes de température et de précipitations favorables aux émissions de méthane devraient augmenter à l’avenir, en particulier en Afrique.

« À l’échelle de vingt ans, l’effet de réchauffement du CH4 est 84 fois supérieur à celui du CO2 », souligne Liu Yi, un des coauteurs de l’étude. Un suivi soigné et continu des émissions de méthane est par conséquent une nécessité, en particulier compte tenu de la complexité des sources et des puits qui régulent sa concentration atmosphérique.