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Contamination extraterrestre : nous devons repenser les règles

Illustration artistique : Geysers sur Encelade

Nous sommes entrés depuis quelques années dans une nouvelle ère de l’exploration spatiale. Avec beaucoup plus d’acteurs impliqués. Un nouveau « paysage » qui doit nous amener à revoir les règles de contamination extraterrestre.

Lorsque vous explorez un monde extraterrestre se pose le problème de la contamination microbienne. Et dès le début de l’ère spatiale, les chercheurs ont pris au sérieux cette menace. C’est la NASA qui fut la première à évoquer dès 1959 la nécessité de stériliser nos engins spatiaux.

Nos germes pourraient en effet potentiellement contaminer des zones scientifiques, altérant ainsi notre capacité à détecter une vie microbienne extraterrestre. Il est également à craindre que nos microbes agressifs ne suppriment tout un écosystème extraterrestre avant même que nous ayons eu la chance de le découvrir et l’étudier.

À l’inverse, nous devons également protéger la Terre de tout visiteur indésirable qui pourrait s’accrocher à l’un de nos vaisseaux spatiaux. Après tout, nous ne savons pas encore quels microbes pourraient exister sur Mars, Encelade ou tout autre monde. Ces organismes, si tant est qu’ils existent, pourraient en effet potentiellement affecter la vie sur Terre.

Il a donc été décidé au début des années 60 que toutes les missions d’exploration planétaire devaient adhérer à des normes de stérilisation. C’est à ce moment-là que fut mis en place un Comité (COSPAR) établissant des recommandations et des protocoles conçus pour protéger l’espace de nos microbes. Jusqu’à présent, ces règles ont fonctionné. Mais peut-être devrions-nous les revoir ?

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Le cratère Gale photographié par Curiosity en novembre 2017. Crédits : Kevin Gill/Flickr

De nouveaux acteurs

C’est en effet la conclusion d’un panel d’experts, dirigé par l’astronome Alan Stern. À l’aube de l’ère spatiale, disent-ils, il était nécessaire de réfléchir à la manière dont nous pourrions préserver les mondes extraterrestres. Mais de nos jours, le nombre d’acteurs impliqués dans cette exploration n’est plus du tout le même. Donc ces règles ne cadrent plus.

« Le paysage de la protection planétaire évolue très rapidement. Il est intéressant de constater que pour la première fois, de nombreux acteurs sont en mesure d’envisager des missions d’intérêt commercial et scientifique pour les corps de notre système solaire, explique Thomas Zurbuchen, de la NASA. Nous voulons être préparés dans ce nouvel environnement avec des politiques réfléchies et pratiques qui permettent des découvertes scientifiques et préservent l’intégrité de notre planète et des lieux que nous visitons ».

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Illustration d’un vaisseau SpaceX atterrissant sur Mars. Crédits : SpaceX

Mars et la Lune

Nous avons également beaucoup plus de connaissances sur des corps tels que Mars ou la Lune qu’au début des années 60. Depuis tout ce temps par exemple, notre satellite a été considéré pour étudier les origines de la vie. Mais tous les chercheurs s’accordent aujourd’hui à penser que nous prenons, peut-être, un peu trop de précautions. Selon eux, différentes régions de la Lune devraient avoir différentes normes de protection.

Du côté de Mars, nous savons depuis quelques décennies que des matériaux en provenance de la planète rouge ont été transportés sur Terre, via des météores. Mais force est de constater que nous sommes aujourd’hui toujours là. Pour les chercheurs, le risque global de contamination de la Terre avec du matériel martien devrait donc être réévalué.

De nouvelles cibles à prendre en compte

Il sera également question, à terme, de sonder plus en profondeur les lunes de Saturne ou Jupiter. Comme Titan, Encelade et Europe qui, nous le savons aujourd’hui, abritent chacune un océan souterrain susceptible d’abriter la vie. Ce type d’objet n’a pas forcément été pris en compte il y a plusieurs décennies lorsque ces règles ont été établies.

Sur le papier, nous pourrions penser que ces lunes étant susceptibles d’abriter la vie, nous devrions justement renforcer nos règles de stérilisation. Mais comme le souligne le rapport, il est quasiment impossible que l’origine du vivant sur ces objets soit la même que sur Terre. Ainsi, « une telle vie serait facilement repérable des microorganismes terrestres en utilisant des techniques biochimiques modernes », note le rapport.

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Cassini survolant les geysers d’Encelade. Crédits Caltech

Il n’est bien évidemment pas question de supprimer toutes les règles. D’autant qu’elles fonctionnent. Mais elles coûtent beaucoup d’argent et ne sont pas forcément nécessaires dans tous les cas de figure. Il serait donc peut-être temps d’adapter ces procédures à notre époque.

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