in

Une personne sur dix reste consciente sous anesthésie générale

opération anesthésie générale
Crédits : 12019 via Pixabay

Une équipe a cherché à établir l’incidence de la conscience connectée après intubation trachéale chez des patients sous anesthésie générale. Il en ressort qu’environ 10% des sujets étaient encore partiellement conscients pendant l’intervention. Sur cet échantillon, la moitié aurait également ressenti de la douleur.

Être ou ne pas être… conscient

On distingue souvent deux états de conscience opposés : être conscient et inconscient. Le premier se caractérise généralement par une réponse à des stimuli extérieurs. Par opposition, l’état d’inconscience peut être défini par l’absence de réponse à ces mêmes stimuli. Cependant, le cerveau humain est une machine incroyablement complexe. Aussi, l’absence de réponse à des stimuli ne signifie pas nécessairement que rien n’est perçu. Autrement dit, une absence de réaction ne garantit pas nécessairement un état d’inconscience.

On distingue alors l’état de conscience connectée. Celui-ci désigne un individu capable de percevoir l’environnement dans lequel il se trouve et de répondre à des stimuli externes. Il s’oppose à l’état de conscience déconnectée. Dans ce cas de figure, un individu ne témoigne aucun signe de perception de ce qui l’entoure. En revanche, il est toujours capable de percevoir du contenu subjectif, généré en interne par le cerveau.

Ces deux états de conscience se distinguent alors de l’état d’inconscience complet qui implique une absence de perception des stimuli externes et d’expériences subjectives internes.

Conscience connectée sous anesthésie générale

Dans le domaine de l’anesthésie, l’état de conscience connectée fait référence à un patient étant quelque peu conscient de ce qui se passe autour de lui, alors même qu’il est endormi. Dans le cadre d’une étude, une équipe de médecins a cherché à établir l’incidence de cet état de conscience après intubation trachéale (tube inséré dans la trachée pour donner au patient de l’oxygène, des médicaments ou une anesthésie) chez des patients âgés de 18 à 40 ans. L’étude a impliqué 338 sujets et dix hôpitaux à travers le monde.

Une fois tous ces patients sous anesthésie générale et leurs tubes trachéaux insérés, les chercheurs leur ont posé une série de questions pour tester s’ils répondraient. Ces questions ont été posées parallèlement à des commandes telles que « serrez ma main » ou « serrez ma main deux fois si vous ressentez de la douleur ».

chirurgien
Crédits : Wavebreakmedia / iStock

Des patients conscients, mais qui oublient très vite

Auparavant, on pensait que le phénomène se produisait chez environ 5 % des patients. Cette nouvelle étude, dont les résultats sont rapportés dans le British Journal of Anesthesia, double au moins cette estimation.

Les chercheurs ont en effet constaté que trente-sept des sujets (environ un sur dix) ont répondu aux stimuli pendant leur opération. Parmi ces personnes, la moitié (une personne sur vingt environ) ont pu communiquer qu’elles ressentaient de la douleur. Il ressort également que les femmes étaient trois fois plus susceptibles de répondre que les hommes. Cependant, aucune de ces personnes n’a dit se souvenir de leur expérience une fois réveillée, à l’exception notable d’un patient.

« Bien que ces événements puissent être préoccupants pour les patients, nous montrons qu’avec une titration continue de l’anesthésie avant l’intubation (administration successive de l’anesthésiant en fonction du degré de douleur ressentie), nous pouvons réduire ce risque« , souligne Robert Sanders, de l’Université de Sydney et principal auteur de l’étude. « Nous suggérons aux cliniciens d’envisager cette pratique, si ce n’est pas déjà leur approche de routine« .

Le chercheur ajoute également que le but de cette étude n’était pas de décourager les gens d’opérer sous anesthésie générale, mais de plutôt mettre en évidence la nécessité de mieux appréhender la réponse de différents patients aux anesthésiques. Il insiste également sur la nécessité de poursuivre les recherches sur les différences biologiques, en particulier le sexe, qui peuvent influencer la sensibilité à ces médicaments.