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Condition animale : « Peut-être que les humains prendront conscience de ce que ça fait de tourner en rond toute la journée dans un petit espace”

Crédits : Wikimedia

Selon Christine Grandjean, présidente d’une association de protection animale, le manque de liberté dû au confinement actuel de la population présente quelques similitudes avec celui des orques ou des dauphins dans les parcs marins.

Vous êtes coincé entre quatre murs et l’ennui commence à vous ronger ? Vous n’êtes pas seul. Désormais, plus de 2,6 milliards de personnes dans monde sont priées de ne plus sortir de chez elles en raison de la pandémie de coronavirus Covid-19. La situation n’est que temporaire, mais imaginez vivre la situation jour et nuit, tout au long de votre vie. Pour Christine Grandjean, présidente de l’association C’est assez !, cette période singulière pourrait nous amener à réfléchir davantage sur les conditions de détention subies par de nombreux animaux dans le monde.

« Peut-être que les humains vont prendre conscience de ce que ça représente de tourner en rond toute la journée dans un petit espace, c’est-à-dire de ne pas être libre, explique-t-elle à 20 Minutes. Le confinement peut les amener à se questionner sur la condition animale. Peut-être… ». Christine Grandjean fait ici référence aux orques et autres dauphins retenus dans les parcs marins.

Mal-être en captivité

Que ces animaux ne vivent pas bien la captivité n’est pas nouveau. Dans une étude publiée l’année dernière, des chercheurs avaient notamment révélé que la grande majorité des décès d’orques dans les parcs aquatiques étaient attribués au stress chronique, une condition bien connue des humains. Cela se ressent d’ailleurs dans le taux de mortalité. Si les orques peuvent vivre jusqu’à près de 90 ans dans leur milieu naturel (50 ans pour les mâles), elles ne dépassent pas les 35 ans en captivité.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce mal-être. Le sentiment de confinement, d’une part. Les orques, comme les Hommes, ont en effet évolué pour se déplacer sur de longues distances. On imagine alors difficilement un tel mammifère s’épanouir dans un bassin bétonné. Ces réservoirs ne sont tout simplement pas assez grands pour répondre à leurs besoins. Tout comme votre appartement n’est pas assez grand pour que vous puissiez y vivre toute votre vie enfermé à l’intérieur. Même si beaucoup d’entre nous sont casaniers, au bout d’un moment l’espace commence à manquer.

Le manque de liens affectifs joue également un rôle important. Les orques, au même titre que les humains, sont des animaux hautement sociaux. Autrement dit, leur survie dépend des relations qu’elles entretiennent avec d’autres membres de leur espèce. Et si nous avons à notre niveau les moyens techniques pour pouvoir communiquer avec nos semblables à distance en période de confinement, rappelons-nous que les orques, elles, n’en ont pas.

orque confinement
Crédits : Lucyna/Pixabay

Enfin soulignons également que les orques, comme les humains, sont des mammifères très intelligents, conscients de leur sort. En captivité, n’ayant aucun contrôle sur leur vie, ces animaux développent alors un sentiment d’impuissance qui peut conduire à des troubles dépressifs, d’apprentissage ou alimentaires. Certaines orques, rongées par l’ennui, peuvent également devenir anxieuses ou même très en colère. Là encore, ces conditions peuvent nous être familières en situation de confinement.

En fin de compte les orques comme les Hommes ne peuvent pas s’épanouir dans des environnements clos parce que nous sommes des animaux trop complexes, sur le plan cognitif comme émotionnel. Nous prenons ici l’exemple des orques, mais la situation est la même pour les animaux enfermés dans les zoos, les cirques, ou ceux parqués dans des établissements d’élevage intensif.

Se mettre à la place de l’animal

Qu’on se le dise, Christine Grandjean ne voit en cette période compliquée pour tout le monde aucune opportunité pour défendre sa cause. « La situation n’est ni blanche ni noire. Je suis contre ces endroits mais je ne me réjouirais pas d’une fermeture dans l’urgence sans solution de repli pour les animaux, explique-t-elle. On serait quasiment sûr qu’ils partiraient dans d’autres parcs à l’étranger ».

Néanmoins la situation sanitaire actuelle, qui nous oblige au confinement, pourrait mener à une prise en considération plus soutenue de la condition animale dans la mesure où nous expérimentons un sentiment d’enfermement similaire.