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Comment l’aigle de Haast, le plus grand rapace de tous les temps, se nourrissait-il ?

Crédits : John Megahan

L’aigle de Haast, un ancien géant éteint, saisissait et transperçait ses victimes vivantes avec ses serres et son bec acérés. En revanche, selon une étude, il consommait ses proies comme un vautour, en insérant sa tête profondément dans la cavité corporelle pour engloutir les organes internes.

L’aigle de Haast (Hieraaetus moorei) est une espèce éteinte d’oiseau de la famille des Accipitridae originaire de Nouvelle-Zélande. C’est le plus grand rapace connu ayant existé avec une masse estimée à entre neuf et quinze kilos. Sa taille était proportionnelle à celle du moa, sa principale proie. D’ailleurs, les deux espèces ont semble-t-il disparu en même temps au cours du 15e siècle en raison de l’appétit humain pour les moas, ce qui a finalement condamné les aigles.

Les spécialistes se sont longtemps interrogés sur les comportements alimentaires de ces oiseaux. En effet, ses pattes et ses serres ressemblaient à celles des aigles, mais les caractéristiques de son crâne (des volutes osseuses autour des narines) laissaient entendre qu’il pourrait être adapté pour se nourrir de carcasses. Alors, était-il un prédateur comme les aigles modernes ou un charognard semblable aux vautours ?

Étude comparative

Pour tenter de répondre à cette question une bonne fois pour toutes, une équipe allemande s’est appuyée sur des modèles numériques de crânes, de becs et de serres et des simulations pour comparer le géant éteint avec trois espèces d’aigles et de deux espèces de vautours modernes. Ils ont modélisé les muscles et analysé des dizaines de marqueurs sur les os pour déterminer quelles parties des pattes et du crâne étaient les plus sollicitées pendant les comportements de chasse et d’alimentation. On parle alors de niveaux de contrainte.

Selon les auteurs de l’étude, lors de certains comportements tels que saisir une proie avec leurs pieds, les valeurs de contrainte pour les aigles de Haast ressemblaient à celles d’autres aigles. Son bec, capable d’infliger une « morsure mortelle », était également très semblable à celui d’un aigle. En revanche, le neurocrâne où tous les muscles du cou se rattachent était beaucoup plus semblable à celui d’un vautour.

aigle de haast
Les différents points de tension infligés sur le crâne d’un aigle de Haast. Crédits : Anneke van Heteren

Chasser comme un aigle, manger comme un vautour

Compte tenu de ces résultats, rapportés dans les Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, les auteurs suggèrent que si l’aigle de Haast était effectivement capable de tuer ses proies massives, il les dévorait probablement de la même manière que les vautours charognards dévorent leurs carcasses, en insérant sa tête à l’intérieur du cadavre, puis en tirant et avalant des organes et des lanières de muscle.

Ce mode d’alimentation pourrait être lié à la taille de leurs proies elles-mêmes. « Ils chassaient ces moas géants qui étaient beaucoup plus gros qu’eux, les obligeant à se nourrir comme des vautours se nourrissant d’une carcasse d’éléphant« , détaille Anneke van Heteren, de la Collection nationale de zoologie de Bavière à Munich.

Enfin, l’aigle de Haast a peut-être partagé quelque chose d’autre en commun avec les vautours. Certaines représentations artistiques de l’oiseau sur les parois de plusieurs murs le présentent avec une tête et un cou à plumes. Cependant, une peinture rupestre maorie, qui semble représenter un aigle de Haast, dessine un oiseau à plumes avec une tête chauve. Cela pourrait donc renforcer l’idée qu’il se nourrissait comme un vautour.