Comment un nuage interstellaire pourrait avoir provoqué une période glaciaire sur Terre

Terre nuage interstellaire période glaciaire
Une illustration montre la Terre entrant dans un couloir de gaz et de poussières interstellaires il y a 2 millions d’années. Crédits : Robert Lea

Il y a environ deux millions d’années, alors que nos ancêtres humains partageaient la Terre avec des mastodontes et des tigres à dents de sabre, notre planète aurait pu traverser une période cosmique tumultueuse, selon une nouvelle étude dirigée par des chercheurs de l’Université de Boston. L’hypothèse ? Le Système solaire aurait rencontré un nuage dense de gaz et de poussière interstellaires pendant sa traversée de la Voie lactée. Cela aurait alors provoqué un impact direct sur le climat terrestre. Si cette théorie est avérée, elle remettrait en question notre compréhension actuelle des cycles glaciaires qui ont marqué l’histoire de la Terre.

Une bulle protectrice

Au cœur de notre Système solaire, une sentinelle invisible veille silencieusement sur notre planète bleue : l’héliosphère. Cette bulle géante de plasma qui émane du Soleil est bien plus qu’un simple rempart contre les rigueurs de l’espace interstellaire : elle est la gardienne ultime de la vie sur Terre.

Créée par l’incessant ballet des vents solaires qui propulsent des particules chargées à travers l’espace, l’héliosphère nous protège en effet des radiations cosmiques et des rayons galactiques qui errent sans entrave dans les profondeurs de l’espace. Sans cette barrière, ils pourraient pénétrer l’atmosphère terrestre et endommager gravement l’ADN des êtres vivants, compromettant ainsi la survie même de la vie sur notre planète.

Des scientifiques pensent toutefois que notre planète a peut-être brièvement perdu sa protection il y a environ deux millions d’années, obligée de supporter l’environnement extrême de l’espace interstellaire alors que le Système solaire traversait un nuage dense de gaz et de poussière.

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Un diagramme montrant l’héliosphère protégeant le Système solaire des conditions denses et froides du milieu interstellaire. Crédits : Institut de recherche du Sud-Ouest

Une possible rencontre

Pour déterminer l’effet qu’aurait eu sur Terre un tel bombardement de poussière interstellaire dense sur l’héliosphère, les chercheurs ont remonté le temps avec des modèles informatiques sophistiqués. Ces travaux leur ont permis de déterminer la position Soleil (et donc de l’héliosphère) il y a deux millions d’années. Les chercheurs ont également suivi la progression d’une chaîne de gaz froid dense appelée système de ruban local de nuages ​​froids dans le temps alors qu’elle balayait la Voie lactée.

D’après leurs analyses, un nuage dense situé à l’extrémité de cette énorme structure aurait effectivement pu entrer en conflit avec l’héliosphère. Cela aurait laissé la Terre exposée au milieu interstellaire, y compris aux éléments lourds et radioactifs qui la peuplent. Une telle rencontre pourrait notamment expliquer une augmentation des isotopes de fer 60 et de plutonium 244 trouvés dans les carottes de neige et de glace de l’Antarctique et sur la Lune, datés à environ deux millions d’années. Le moment de cette possible rencontre correspond également à une période de refroidissement sur Terre à cette époque.

Les chercheurs théorisent que la pression de ce nuage de gaz froid aurait pu restreindre l’héliosphère pendant une période aussi courte que quelques centaines d’années, voire aussi longue qu’un million d’années. Tout dépendait de sa taille réelle. L’héliosphère se serait ensuite reconstituée pour entourer à nouveau les planètes après la disparition de l’influence de ce nuage dense.

Pour l’instant, il est cependant difficile de déterminer avec précision l’impact qu’aurait eu ce nuage interstellaire froid sur Terre, y compris s’il aurait réellement pu déclencher une ère glaciaire. L’équipe va maintenant enquêter encore plus loin dans le temps pour découvrir d’autres moments où le Système solaire a croisé des nuages ​​interstellaires denses et déterminer s’ils correspondent également à des périodes glaciaires.

Les détails de l’étude figurent dans Nature Astronomy.