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Comment la pandémie de Covid-19 affecte la qualité des prévisions météorologiques

Crédits : Wallpaper Flare.

Comme chacun le sait, la pandémie de coronavirus Covid-19 a de profondes répercussions sur la vie socio-économique partout autour du globe. Et le domaine de la prévision du temps ne fait pas exception. En effet, la diminution du trafic aérien s’accompagne d’une raréfaction des relevés météorologiques habituellement opérés lors des vols.

Or, ces relevés participent à l’initialisation des modèles de prévision. Autrement dit, à l’élaboration d’une « image » de ce qu’est l’état tridimensionnel de l’atmosphère à un instant donné. On parle plus communément d’état initial. Le point étant que si ce dernier est de qualité moindre, les prévisions fournies par les modèles le seront également.

Une couverture aérienne fortement réduite

Dans un billet posté le 24 mars, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) indique que les mesures aéroportées sont celles qui ont le plus fort impact sur la qualité de la prévision après les mesures satellitaires. De fait, la diminution constatée de leur nombre est loin d’être négligeable.

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Évolution du nombre de reports aéronautiques dans la zone Europe entre le 3 et le 23 mars. Notez la baisse rapide à partir du 14 mars. Un déficit amené à se poursuivre. Crédits : CEPMMT.

« Les dernières informations disponibles auprès des compagnies aériennes suggèrent que la couverture européenne sera réduite de 65 % ou plus au cours du mois à venir et que cela devrait se maintenir pendant l’été » rapporte Steve Stringer de l’E-ABO – Eumetnet. « Nous prévoyons que la réduction substantielle de la disponibilité des données américaines se poursuivra au cours des prochaines semaines (…) » ajoute quant à lui Christopher Hill, scientifique à l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).

Enfin, au niveau de l’Océanie, le trafic aérien a été peu affecté jusqu’à présent. Mais cela « devrait bientôt changer significativement », explique Douglas Body du Service météorologique australien (BOM). « Qantas suspendant tous les vols internationaux à partir de fin mars tout en réduisant les vols intérieurs de 60% ».

Vers une dégradation de la qualité des prévisions

On le voit, les mesures météorologiques issues d’aéronefs se raréfient rapidement et à grande échelle. Une tendance amenée à se poursuivre les jours et semaines à venir. Mais concrètement, quel impact est attendu en termes de qualité de la prévision météorologique ?

prévisions météos
Effet de la non-prise en compte des données aéronautiques sur le paramètre vent. Les valeurs positives indiquent une dégradation. Les trois vignettes représentent trois échéances de prévision. 12, 72 et 120 heures de gauche à droite. En outre, l’axe vertical montre l’altitude et l’axe horizontal la latitude. Il s’agit donc d’une moyenne zonale. Crédits : CEPMMT.

En 2019, le CEPMMT effectuait une expérience riche d’enseignements. Les scientifiques ont comparé des prévisions issues d’un état initial sans données aéronautiques à des prévisions qui en tenaient compte. Rapporté à ce qu’il s’est réellement passé, l’étude a clairement montré le biais induit dans les premières. En particulier, dans l’hémisphère nord à une altitude proche de 10 kilomètres – là où volent les appareils. À courte échéance, les scores en vent et température sont dégradés de plus de 15 %. Au niveau de la surface, ce chiffre tombe à 3 % mais reste significatif. Assez pour affecter la capacité à anticiper une forte tempête par exemple.

Toutefois, des actions commencent à être mises en place pour tenter de limiter les dégâts. On citera parmi d’autres des radiosondages effectués plus fréquemment ou le recours plus poussé aux données satellitaires. « Les résultats d’Aeolus démontrent qu’il y a encore beaucoup de marge pour améliorer les conditions initiales du vent », note à ce titre Lars Isaksen du CEPMMT. « Les données d’Aeolus combleront en partie le manque dû au nombre réduit de rapports issus d’avions ».

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