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Comment la mer de Tasmanie conduit à un réchauffement en péninsule antarctique

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Crédits : Wikimedia Commons.

En combinant données observationnelles et simulations numériques, des chercheurs ont trouvé que le réchauffement de la péninsule antarctique est très lié à ce qu’il se passe au sud-est de l’Australie. Les résultats ont été publiés ce 8 mars dans la revue Nature Communications.

Si la planète se réchauffe de façon globale, ce réchauffement n’est pas réparti de façon homogène entre les différentes régions du monde. Aussi, la zone polaire nord a connu une hausse de température 2 à 3 fois plus rapide que le reste du globe. C’est également le cas de la péninsule antarctique où siège une fraction signifiante de l’imposante calotte australe.

La péninsule antarctique, une région très exposée

En réponse au réchauffement de l’air et de l’eau, plusieurs barrières de glace de la péninsule se sont effondrées au cours des dernières décennies. Le Larsen A s’est désintégré en 1995, le Larsen B en 2002 et la plateforme de Wilkins en 2009. Enfin, le Larsen C a connu un effondrement partiel en 2017. Cette évolution rapide a soulevé des inquiétudes profondes en termes d’influence sur le relèvement du niveau des mers. En effet, l’altération des barrières de glace permet à la glace posée sur le socle rocheux de s’écouler plus librement vers l’océan.

Tendance annuelle des températures entre 1950 et 2020 (en °C). Crédits : NASA GISS.

Dans quelle mesure le changement climatique lié à l’Homme participe-t-il à cette tendance ? Il s’agit là d’une question majeure qui déterminera l’ampleur de la hausse du niveau des océans dans les décennies et siècles à venir. Certains travaux ont suggéré que le maximum de réchauffement observé sur la péninsule est en partie un effet de variabilité naturelle. Autrement dit, une redistribution plus ou moins complexe de chaleur par des fluctuations internes au système climatique.

Un réchauffement piloté à distance

Une nouvelle étude parue ce 8 mars a tenté d’évaluer plus précisément les contributions anthropique et naturelle. Au terme de leur travail, les chercheurs ont trouvé que la hausse des températures sur la péninsule et très liée à ce qu’il se passe en mer de Tasmanie, au sud-est de l’Australie. En effet, lorsque celle-ci est anormalement chaude, un train d’ondes atmosphériques – appelée ondes de Rossby – est généré (voir l’illustration ci-dessous).

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Anomalies de pression (basses en bleu, hautes en rouge) simulées en réponse à une anomalie chaude en mer de Tasmanie. Aussi, notez le renforcement de la dépression d’Amundsen au passage du train d’ondes. Crédits : Kazutoshi Sato & al. 2021.

La modification du champ de vent et de pression qu’elles concrétisent se propage jusqu’en Antarctique. La dépression située en mer d’Amundsen finie par être modifiée, de sorte à transporter plus d’air doux et humide en direction de la péninsule. Un effet particulièrement marqué en hiver lorsque les systèmes météorologiques sont les plus développés. En 2015-2016, la mer de Tasmanie a subi une vague de chaleur marine record qui fut rapidement suivie d’anomalies climatiques sur le continent austral.

« Nous avons montré que les épisodes chauds en hiver en mer de Tasmanie influencent les anomalies chaudes sur les régions clés de l’Antarctique occidental, y compris la péninsule, par le biais d’un déplacement vers le pôle des trajectoires des dépressions du Pacifique Sud », explique Kazutoshi Sato, auteur principal de l’étude. Ainsi, les résultats confirment qu’une partie notable des changements est pilotée à distance par une redistribution interne de chaleur. Des résultats qui illustrent toute la complexité des évolutions climatiques à l’échelle régionale.

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