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La fonte de la banquise arctique conduit-elle à un refroidissement des hivers en Asie ?

Crédits : Wikimedia Commons.

Au cours de la dernière vingtaine d’années, l’occurrence d’épisodes de froid sévère a augmenté aux latitudes moyennes de l’hémisphère nord – et ce notamment en Asie centrale. Cela s’est manifesté par une tendance au refroidissement des températures moyennes en hiver sur la période 1995-2014. Une évolution qui contraste fortement avec la tendance générale au réchauffement, et qui serait pilotée par le recul de la banquise boréale.

Des résultats scientifiques contradictoires

Au cours de la dernière dizaine d’années, de nombreuses études ont été dédiées au refroidissement hivernal tendanciel mesuré dans les extratropiques de l’hémisphère nord. Un refroidissement continental qui atteint son paroxysme en Asie centrale. Toutefois, les résultats avancés divergent sensiblement entre les différents travaux. Certains ont mis en avant la perte de banquise arctique comme cause de l’évolution observée, tandis que d’autres concluaient à une fluctuation décennale essentiellement attribuable à la variabilité interne au système climatique.

Le refroidissement évoqué précédemment s’inscrit dans un schéma de plus grande échelle caractérisé par des anomalies chaudes intenses centrées sur l’Arctique. On parle de phase positive du mode de circulation warm Arctic–cold Eurasian (WACE +). Ce mode est notamment marqué par la présence d’une circulation anticyclonique anormale, positionnée sur le centre-ouest de la Russie. Elle favorise un flux de sud doux et humide en direction du pôle et des descentes froides vigoureuses sur l’Asie – i.e. une redistribution efficace des masses d’air.

En outre, les données observationnelles suggèrent que ce régime de circulation est fortement lié aux anomalies de banquise dans les secteurs de Barents et de Kara. On rappellera au passage que le changement climatique anthropique conduit à une diminution de cette dernière.

L’hypothèse d’une influence du recul de la glace de mer n’est donc pas dénuée d’intérêts. Toutefois, une validation physique de ce lien par les modèles atmosphériques – ou couplés océan-atmosphère – pose problème. Si certains auteurs détectent bien une excitation du mode WACE+ en réponse à un déficit en couverture de glace dans la région citée, d’autres ne la détectent pas. D’où les déductions antinomiques exposées plus haut. Ainsi, aucune conclusion robuste n’a pu être avancée jusqu’à présent.

Crédits : Wikimedia Commons

Vers un début de consensus ?

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature climate change ce 14 janvier vient apporter un éclairage majeur sur la question. Les auteurs se sont penchés sur les causes pouvant expliquer la grande dispersion des résultats entre les différents modèles. Mais aussi entre ces derniers et les observations.

Dans leur papier, ils démontrent comment les modèles sous-estiment de façon systématique l’ampleur de la réponse atmosphérique à un déficit de banquise en mer de Barents et de Kara. Suivant les simulateurs utilisés, cette sous-estimation est plus ou moins marquée. Par conséquent, le signal associé au forçage arctique tend à être trop ténu – ce qui rend sa détection difficile. Ceci explique une part substantielle des divergences entre les différents travaux de recherche. En corrigeant ce biais, il est possible de réduire le désaccord avec les observations, mais également entre les différents modèles. Une évaluation réconciliée a ensuite pu être établie.

Ce faisant, il apparaît que près de la moitié du refroidissement mesuré en Asie centrale entre 1995 et 2014 est dû au recul régional de la banquise arctique. « Nos résultats suggèrent fortement que le forçage anthropique a considérablement amplifié la probabilité d’occurrence d’hiver rigoureux en Asie centrale, par le biais de la fonte accrue de la glace de mer de Barents et de Kara », lit-on à la fin de l’abstract du papier.

Peut-être est-ce là une orientation vers le début d’un consensus sur la question, dans la communauté des physiciens du climat. Difficile de s’avancer à ce sujet. Il reste néanmoins que ces nouvelles informations marquent une avancée significative dans le domaine.

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