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Les requins évoluent depuis près d’un demi milliard d’années. Quel est leur secret ?

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Crédits : bluegroper/pixabay

En tant que groupe, les requins existent depuis au moins 450 millions d’années et ont survécu à toutes les grandes extinctions de masse de la Terre. Les requins sont ainsi plus vieux que les dinosaures ou même les arbres. Comment expliquer cette incroyable longévité ?

Les plus anciennes preuves fossiles de requins ou de leurs ancêtres datent de 450 millions d’années environ, ce qui nous ramène à la période de l’Ordovicien supérieur. Quelques millions d’années plus tard, le monde essuyait sa première grande extinction de masse : celle de l’Ordovicien.

Depuis quatre événements similaires ont été enregistrés : l’extinction du Dévonien (360 à 375 millions d’années), du Permien (252 millions d’années), du Trias (200 millions d’années) et du Crétacé (66 millions d’années). Malgré tout, les requins sont toujours là. Plusieurs facteurs pourraient expliquer le succès de leur évolution.

Une incroyable capacité d’adaptation

L’un de ces facteurs pourrait être que les requins sont capables de modifier « rapidement » leur physiologie en réponse aux conditions environnementales changeantes.

Rappelons que les requins sont des parents proches des raies. Or, des études d’expression génétique chez les raies ont souligné une incroyable capacité d’adaptation de ces animaux en réponse à des changements de température. Selon une étude, une population de raies tachetées (Leucoraja ocellata) évoluant dans le sud du golfe du Saint-Laurent (Canada) se serait par exemple adaptée à une augmentation de températures de l’eau de 10°C en seulement 7 000 ans en réduisant sa taille corporelle de 45%.

Une évolution aussi rapide laisse à penser que ces changements corporels étaient dus à une réponse épigénétique. Autrement dit, il n’était plus ici question de sélection naturelle sélectionnant progressivement pour les plus petits individus, mais d’une expression des gènes altérée en raison de facteurs environnementaux.

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Source : Pixabay

Nous savons également que plusieurs espèces d’élasmobranches, une sous-classe du groupe des poissons cartilagineux comprenant les requins, peuvent se déplacer entre les environnements d’eau douce et d’eau salée. Le requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) en est par exemple capable.

Cette capacité a probablement permis aux espèces plus anciennes de s’adapter rapidement alors que les températures mondiales grimpaient et que des quantités massives d’eau douce pénétraient dans les océans en raison de la fonte des glaces.

Enfin, deux autres points importants : les requins évoluent dans différentes parties de la colonne d’eau. Autrement dit, certaines espèces sont plus à l’aise en grandes profondeurs, tandis que d’autres vivent dans les eaux peu profondes ou même les rivières.  Nous pensons aussi que les requins sont exclusivement carnivores, mais nous savons maintenant qu’ils sont des mangeurs plus diversifiés.

Ainsi, si une zone de vie ou une source de nourriture est menacée, la diversité des requins en tant que groupe signifie que si certaines espèces peuvent connaître des difficultés, d’autres leur survivront probablement.

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Un requin du Groenland observé en grande profondeur. Crédits : NOAA Okeanos Explorer Program

Des reliques menacées

Néanmoins, si les requins ont réussi à faire le dos rond pendant les précédentes extinctions, l’issue de celle en cours, initiée par les activités humaines, pourrait néanmoins leur être fatale. La surpêche, les effets de la pollution, des contaminants et de la perte d’habitat réduisent en effet considérablement les populations de nombreuses espèces autrefois résilientes. Or, gardons à l’esprit qu’en tant que prédateurs au sommet, les requins jouent un rôle inestimable dans l’écosystème océanique global.