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Comment expliquer la disparition du mégalodon ?

Crédits : Hugo Salais, Studio Metazoa

De plus en plus de preuves suggèrent que le mégalodon grandissait dans des pouponnières, profitant des eaux chaudes et peu profondes pour se protéger des attaques d’autres prédateurs. Mais dans un monde en pleine glaciation, cette stratégie pourrait finalement l’avoir mené à sa perte.

Le mystère entourant l’extinction du mégalodon

Il y a environ quinze millions d’années régnait dans les océans un poisson pouvant atteindre les dix-huit mètres de long : le mégalodon. D’après les archives fossiles, il semblerait que ce requin, le plus grand de tous les temps, ait finalement disparu il y a environ 2,6 millions d’années. Toutefois, les raisons de son extinction restent encore débattues.

L’une des hypothèses avancées incrimine le changement climatique. À cette époque, un refroidissement de la Terre aurait en effet causé la formation de grandes étendues de glace au niveau des pôles, entraînant ainsi une baisse du niveau des mers et la perte de nombreuses espèces évoluant près des côtes. Le mégalodon faisait-il partie des malchanceux ? À en croire une nouvelle étude, c’est tout à fait possible.

À l’abri dans des pouponnières

De nos jours, de nombreuses espèces de requins élèvent leurs petits dans des pouponnières. Généralement situées dans les mers peu profondes ou les baies protégées, elles permettent aux juvéniles de rester à l’écart des prédateurs dans des zones riches en ressources alimentaires. Une fois suffisamment grands, ces requins quittent finalement « le nid » pour aller vivre leur vie.

Il semblerait que les mégalodons aient également adopté cette stratégie. Les premières preuves nous sont apparues dès 2010. À l’époque, des chercheurs avaient identifié plusieurs dizaines de dents juvéniles nichées au même endroit au Panama. Récemment, une autre équipe a décrit une nouvelle pépinière de mégalodon dans le nord-est de l’Espagne.

Ces mêmes scientifiques ont récemment analysé les données de huit autres sites où les dents fossiles de mégalodons étaient abondantes. En analysant la hauteur de la couronne dentaire, les chercheurs ont pu estimer la taille du corps de chaque spécimen pour identifier lesquels étaient des bébés (âgés d’environ un mois, mesurant déjà quatre mètres de long), les juvéniles plus âgés (jusqu’à onze mètres de long) et les adultes. Après analyse des ratios juvéniles/adultes, les chercheurs ont finalement déterminé que quatre de ces huit sites étaient des nurseries.

Cette stratégie paraissait essentielle pour ces requins. En effet, l’analyse des anneaux de croissance retrouvés dans leurs vertèbres laisse à penser qu’ils atteignaient la taille adulte après environ seulement vingt-cinq ans. Outre cette maturité sexuelle tardive, le mégalodon, comme d’autres espèces marines géantes, avait également un faible taux de fécondité. Aussi, le fait de maintenir les plus jeunes dans des pouponnières permettait à ces poissons de grandir tranquillement, assurant la survie de l’espèce.

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La dent d’un mégalodon comparée à la dent d’un grand requin blanc. Crédits : The Independant

Le rôle du changement climatique

Le fait que ces pouponnières aient été a priori vitales pour les mégalodons soulève la possibilité que leur destruction puisse avoir contribué à leur extinction.  On ne peut aujourd’hui pas dire avec certitude ce qui a causé la disparition de cette espèce, mais la baisse du niveau de la mer inhérente au refroidissement de la planète opérée à cette époque pourrait effectivement avoir joué un rôle de premier plan en privant cette espèce d’environnements disponibles pour laisser les plus jeunes grandir. Sans renouvellement des effectifs, le mégalodon se serait finalement éteint.

Par ailleurs, à l’époque,  le mégalodon devait également faire face à la concurrence croissante d’un autre prédateur en devenir : le grand requin blanc (Carcharodon carcharias). L’espèce est en effet apparue dans les océans il y a environ quatre millions d’années. Pendant ce « bref » chevauchement entre les deux espèces, il est en effet possible que les grands blancs se soient suffisamment répandus dans le monde pour finalement supplanter le mégalodon sur son aire de répartition.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Biology Letters.