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Comment El Niño module la météo aux quatre coins du globe

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Crédits : Public Domain.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Vienne (Autriche) montre comment El Niño module le transport atmosphérique d’eau et de chaleur, déclenchant de grandes sécheresses dans certaines régions et de terribles inondations dans d’autres. Les résultats ont été publiés dans la revue Geophysical Research Letters le 23 novembre dernier.

En temps normal, l’océan Pacifique est caractérisé par des vents d’est près de l’équateur, les alizés, responsables d’une accumulation d’eau chaude à l’ouest du bassin. Celle-ci s’accompagne d’amas orageux qui trouvent là un environnement idéal pour se développer. À l’est, on observe au contraire une remontée d’eau plus froide et riche en nutriments. Ici, le temps est nettement plus sec. Ainsi, il existe un fort contraste thermique et pluviométrique entre les deux bords du bassin.

Lorsque les alizés s’affaiblissent, voire s’inversent, la piscine d’eau chaude s’étend vers l’est. Cela se traduit par un réchauffement marqué des températures de surface de la mer entre le centre et l’est du Pacifique équatorial avec un déplacement concomitant des amas orageux. C’est ce que l’on nomme communément un événement El Niño. Notons que la fréquence du phénomène est irrégulière avec un épisode tous les deux à sept ans.

Les transports d’eau et de chaleur modulés par El Niño et La Niña

Cependant, l’influence d’El Niño et de sa petite sœur La Niña ne se limite pas au Pacifique, mais déborde largement de celui-ci. L’Amazonie connait par exemple de sévères sécheresses en sa présence et la mousson d’Asie du Sud-est tend à s’affaiblir. Toutefois, les processus responsables de ces connexions entre régions très distantes restent assez mal compris. En particulier, vis-à-vis du rôle que joue le transport d’eau et de chaleur par la circulation atmosphérique.

El Niño
Anomalie de transport d’humidité et de chaleur durant El Niño. Moins d’humidité est transportée vers l’Asie et le nord de l’Australie. De l’air plus sec est transporté vers l’Amazonie et l’Afrique de l’Ouest tandis que de l’air plus humide transite vers le sud des États-Unis et le détroit de Gibraltar. Enfin, de la chaleur est transférée vers l’Atlantique tropical et en altitude sur l’Amazonie et l’Afrique de l’Ouest. La situation inverse survient durant La Niña. Crédits : K. Baier & coll. 2022.

À travers une approche singulière, une équipe de scientifiques a fait la lumière sur les mécanismes qui déterminent la forme prise par ces télé-connexions, c’est-à-dire si elles se manifestent par un assèchement ou une humidification, ainsi que leur intensité dans l’espace et le temps. La méthode d’analyse consiste à utiliser un modèle afin d’étudier comment les transports de chaleur, d’eau et de quantité de mouvement se réorganisent lorsque l’état du bassin Pacifique change. On parle de modélisation lagrangienne, les parcelles d’air étant suivies à la trace au fur et à mesure de leur déplacement sur le globe.

« Nous pouvons établir une connexion directe entre le Pacifique et les régions éloignées », relate Katharina Baier, auteure principale de l’étude. « Par exemple, nous montrons qu’un air anormalement sec est transporté vers le bassin amazonien pendant El Niño, y provoquant des sécheresses. En revanche, de l’air anormalement humide est transporté vers le sud-est des États-Unis, ce qui favorise la hausse des précipitations. Le principal avantage de notre étude est la perspective différente des téléconnexions, car nous examinons comment la chaleur et l’humidité de l’océan Pacifique sont transportées par l’atmosphère ».

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".