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Des coléoptères isolés dans les excréments fossiles d’un dinosauriforme

Silesaurus opolensis. Crédits : Malgorzata Czaja

Les coprolithes (excréments fossilisés ou minéralisés) peuvent fournir des informations détaillées sur les écosystèmes passés. Dans une étude publiée dans Current Biology, une équipe de paléontologues décrit la découverte de coléoptères bien préservés à l’intérieur de restes digestifs de la période triasique.

Imaginez la scène : au début du Trias, des coléoptères s’occupent de leurs affaires sur un rocher couvert d’algues, au bord d’un lac, quand tout d’un coup, ils se retrouvent aspirés dans la gueule d’un dinosauriforme, un ancêtre des dinosaures. A priori, c’est la fin de l’histoire. On ignore évidemment si cette scène s’est réellement produite ainsi. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’une équipe de paléontologues a retrouvé ces insectes plus de 240 millions d’années plus tard.

Première bonne nouvelle : ils sont incroyablement bien conservés. Seconde bonne nouvelle : ils représentent une espèce jusqu’alors inconnue de la science.

Les restes d’un dinosauriforme

Les scientifiques soupçonnent que les déchets fécaux appartenaient à Silesaurus opolensis. Le coprolithe a en effet été collecté près du village de Krasiejow, dans le sud de la Pologne, dans une carrière où des restes de S. opolensis ont été excavés dans le passé.

Silesaurus est un genre éteint de dinosauriformes, un clade incluant les dinosaures et leurs parents les plus proches. Cette espèce mesurait environ 2,30 m de long. Physiquement, imaginez des animaux ressemblant aux vélociraptors proposés dans les films Jurassic Park avec des bras avant plus longs.

Pour les analyses, l’équipe du Dr Martin Qvarnstrom, de l’Université d’Uppsala en Suède, s’est appuyée sur l’installation européenne de rayonnement synchrotron, en France. Grâce à ces instruments, ils ont pu numériser le contenu du coprolithe pour créer un modèle en 3D. C’est en passant au peigne fin les images résultantes que chercheurs ont pu isoler les coléoptères, accompagnés de “petits morceaux de Dieu sait quoi“, écrit le Dr Qvarnstrom.

Une nouvelle espèce de coléoptères

Ce dernier a d’abord pensé que les insectes avaient intégré ces fèces après la défécation. Finalement, même si certains spécimens sont effectivement très bien conservés, d’autres, complètement désincarnés, ont visiblement subi l’épreuve de mastication. C’est pourquoi les chercheurs pensent qu’ils ont été ingérés par le dinosauriforme avant de ressortir “de l’autre côté”.

Quant à la façon dont certains ont réussi à traverser l’intestin de l’animal sans trop de dommages, le Dr Qvarnstrom pense qu’ils ont d’abord été aspirés avant d’être protégés par leur exosquelette. Mâchés ou pas, tous ces coléoptères sont toutefois probablement morts très rapidement.

Les chercheurs ont baptisé cette nouvelle espèce et ce nouveau genre de coléoptères Triamyxa coprolithica. Selon eux, il s’agit de la première espèce d’insecte décrite dans les selles fossilisées d’un animal vertébré. Les coléoptères étant probablement le groupe d’organismes le plus diversifié de la planète, en apprendre davantage sur leur évolution précoce pourrait aider les scientifiques à comprendre pourquoi.