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Climat : les ouragans persistent de plus en plus longtemps à l’intérieur des terres

Crédits : NOAA.

De nombreux travaux ont démontré l’influence du réchauffement climatique sur l’intensité des cyclones tropicaux. Toutefois, très peu se sont intéressés à l’effet sur la dissipation des ouragans lorsque ceux-ci viennent à toucher terre. Une question grandement éclairée par des travaux publiés dans la revue scientifique Nature ce 11 novembre.

Des ouragans qui résistent mieux à l’entrée dans les terres

Après avoir analysé 50 ans de données dans la région nord-atlantique, les chercheurs ont constaté que les ouragans s’affaiblissaient à un taux de plus en plus lent. Plus précisément, au premier jour de leur entrée dans les terres, les tourbillons décroissent près de deux fois moins rapidement de nos jours que dans les années 1960. La tendance n’est pas linéaire ainsi que le révèle le graphique ci-dessous. Néanmoins, elle est indéniablement à la hausse et en corrélation étroite avec la température de surface de la mer dans l’Atlantique tropical.

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Évolution de la température de surface de la mer dans l’Atlantique tropical (rouge) et du temps que met un ouragan pour s’affaiblir après avoir touché terre (noir). Notez l’étroite corrélation entre les deux courbes. Crédits : Lin Li & al. 2020.

Pour ne pas en rester à une simple association, les auteurs ont utilisé des simulations numériques à très haute résolution pour comprendre comment une mer plus chaude pouvait amener des systèmes à décroissance plus lente. En effet, la question n’est pas triviale puisqu’une fois qu’un tourbillon pénètre dans les terres, le contact avec l’océan est brutalement coupé. On pourrait donc penser que les deux deviennent relativement indépendants. Or, les simulations ont bien confirmé que les cyclones associés à une eau plus chaude s’affaiblissent plus lentement. Mais quel est le mécanisme impliqué ?

Un réservoir de carburant plus important en climat plus chaud

« Les ouragans sont des moteurs thermiques, tout comme les moteurs des voitures. Dans les moteurs de voitures, du carburant est brûlé et cette énergie thermique est convertie en travail mécanique », explique Lin Li, auteur principal de l’étude. « Pour les ouragans, l’humidité prise à la surface de l’océan est le carburant qui intensifie et soutient la puissance destructrice d’un ouragan – l’énergie thermique de l’humidité étant convertie en vents puissants. Atterrir sur terre équivaut à arrêter l’alimentation en carburant du moteur d’une voiture. Sans carburant, la voiture décélérera et sans sa source d’humidité, l’ouragan se décomposera ».

L’évaluation des modélisations a montré qu’en climat plus chaud, les vortex se déplacent avec un stock d’humidité plus important. Un phénomène directement lié au fait qu’un air plus chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau. L’évaporation à la surface de l’océan est donc majorée – et la taille du réservoir alimentant le moteur également. Une fois entré dans les terres, il faudra donc plus de temps pour que ce réservoir se vide. Par conséquent, la circulation cyclonique s’amortira moins rapidement.

Imagerie du 23 août 2020 avec l’ouragan Marco en haut et la tempête tropicale Laura en bas. Crédits : Wikimedia Commons.

« Les implications sont très importantes. En particulier lorsque l’on considère les politiques mises en place pour faire face au réchauffement climatique », note Pinaki Chakraborty, co-auteur du papier. « Nous savons que les zones côtières doivent se préparer à des ouragans plus intenses, mais les communautés de l’intérieur, qui n’ont peut-être pas le savoir-faire ou l’infrastructure pour faire face à des vents aussi intenses ou à de fortes pluies, doivent également être préparées. (…) La destruction ne se limitera plus aux zones côtières, causant des niveaux plus élevés de dommages économiques et coûtant plus de vies ». Enfin, la prochaine étape sera de vérifier si ces résultats sont généralisables aux autres bassins cycloniques du globe.

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