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Climat : la petite sœur d’El Niño fait de la résistance

Nina
Crédits : NASA.

Si les modèles de climat anticipent une augmentation des configurations El Niño avec le réchauffement global, les dernières recherches montrent que sa petite sœur, La Niña, est peu disposée à plier bagage et pourrait même s’imposer sur le court terme. Les résultats ont récemment été publiés dans la revue scientifique Geophysical Research Letters.

Penchant froid du phénomène El Niño, La Niña s’accompagne de précipitations supérieures à la normale entre l’Australie et l’Indonésie, de sécheresses parfois redoutables de l’Amérique centrale à la Chine en passant par l’est de l’Afrique, et d’une activité cyclonique supérieure à la moyenne dans l’Atlantique Nord. Il s’agit seulement de quelques exemples d’un phénomène qui affecte le climat à l’échelle mondiale.

Plus d’épisodes La Niña à court terme ? 

Il est désormais très probable que nous connaissions une troisième année successive marquée par des conditions La Niña dans le Pacifique équatorial, ce qui ne s’est produit que deux fois depuis le début des enregistrements en 1950. Une réalité qui permet de mieux comprendre la sécheresse meurtrière qui touche la Corne de l’Afrique depuis de longs mois ou encore les pluies diluviennes qui frappent l’est de l’Australie. À cet égard, Sydney enregistre d’ores-et-déjà son année la plus pluvieuse depuis le début des mesures il y a 160 ans.

Or, selon les travaux menés par une équipe de chercheurs de l’Université de Washington (États-Unis), le changement climatique dû à nos émissions de gaz à effet de serre favoriserait dans un premier temps les épisodes La Niña au détriment des épisodes El Niño. « À un moment donné, nous nous attendons à ce que les influences anthropiques inversent ces tendances et donnent le dessus à El Niño », précise Robert Jnglin Wills, auteur principal de l’étude. Un peu comme sortir une bouteille glacée du frigo favorise d’abord un supplément de givre avant de finalement se mettre à fondre.

Tendance des températures de surface de la mer entre 1979 et 2020. Notez le réchauffement du Pacifique ouest équatorial et le léger refroidissement à l’est, une distribution favorable aux configurations La Niña. Crédits : Robert C. J. Wills & coll. 2022.

L’origine de cet effet en deux temps n’est pas triviale. Les modèles climatiques peinent d’ailleurs à rendre compte des évolutions récentes marquées par un réchauffement à l’ouest du Pacifique et un léger refroidissement à l’est. Autrement dit, vers une configuration plus propice aux Niñas. « Les modèles climatiques donnent des réponses raisonnables en ce qui concerne le réchauffement moyen, mais il y a quelque chose qui ne va pas dans la distribution régionale, dans la configuration spatiale du réchauffement des océans tropicaux », relate le chercheur.

Un biais systématique des modèles de climat

Puisque la variabilité naturelle peut difficilement expliquer la totalité du désaccord entre les observations et les modélisations, il est raisonnable de penser que les modèles sont sujets à un biais en ce qui concerne la distribution spatiale du réchauffement dans le bassin Indopacifique. Et donc de la réponse en termes de vents, de pression et de courants à l’origine de l’oscillation El Niño – La Niña .

« Notre travail soulève la possibilité que les tendances récentes vers des conditions plus proches de La Niña puissent être en partie une réponse au forçage anthropique, même si la plupart des modèles climatiques et des données paléoclimatiques suggèrent que les tendances vont finalement s’inverser vers des conditions plus proches d’El Niño », rapporte l’étude dans son résumé.

La question de savoir comment le changement climatique affectera la fréquence et l’intensité des cycles El Niño et La Niña reste donc un sujet de recherche particulièrement brûlant. « C’est une question importante au cours de ce siècle pour les régions qui sont fortement influencées par El Niño et qui comprennent l’ouest de l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Asie de l’Est et du sud-est et l’Australie », souligne Robert J. Wills.