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Climat : des résultats novateurs révèlent l’évolution des glaces fluviales à l’échelle mondiale

Les glaces fluviales, aussi appelées glaces de rivières, constituent l’une des nombreuses composantes de la cryosphère terrestre. Aussi, suivre la façon dont elles évoluent à mesure que la Terre se réchauffe est un sujet important. À ce titre, des résultats novateurs ont été obtenus dans une étude publiée le 1 janvier dernier.

Du fait du cycle saisonnier, plus de la moitié des rivières du monde s’englace pendant une partie de l’année. Une caractéristique qui influence aussi bien la vie socio-économique que le fonctionnement des écosystèmes aux latitudes concernées. Or, les observations montrent que l’étendue moyenne des glaces fluviales diminue. Une évolution cohérente et attendue dans le contexte du réchauffement climatique en cours.

Une étude novatrice sur l’évolution des glaces fluviales

Toutefois, jusqu’à très récemment, aucune quantification systématique des tendances n’avait été établie à l’échelle mondiale. De ce fait, de nombreuses questions restaient en suspens. On citera entre autres les problèmes liés à la saisonnalité, à la durée d’englacement et aux modalités des changements futurs.

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Durée d’englacement (en mois) des rivières pour la période 2009-2029 à gauche et 2080-2100 à droite. Les zones libres de glace sont en violet. Crédits : X. Yang & al. 2019.

Une nouvelle étude parue dans Nature le 1 janvier 2020 vient combler cette lacune. Pour ce faire, les auteurs ont tiré parti de plus de 405 000 images satellitaires sur la période 1984-2018 afin d’évaluer les évolutions passées à l’échelle mondiale. Plus de 7,5 millions de rivières ont ainsi été analysées. Par ailleurs, les scientifiques ont développé un modèle empirique calibré sur ces observations en vue d’anticiper les évolutions futures.

« Nous avons détecté des déclins généralisés de la couverture mensuelle de glace fluviale. Et la tendance prévue pour les pertes futures est susceptible d’entraîner des défis économiques pour les habitants et les industries le long de ces rivières » explique Xiao Yang, auteur principal du papier. En outre, il rappelle que ces changements risquent « de modifier les tendances saisonnières des émissions de gaz à effet de serre émanant des rivières ».

L’Europe de l’est : une des régions les plus affectées 

Les résultats montrent que l’étendue moyenne de glace fluviale a diminué d’environ 2,5 % au cours des 34 dernières années. En ce qui concerne le futur, des reculs allant de 9 à 15 % en hiver et de 12 à 68 % aux saisons intermédiaires sont projetés. Le spectre de valeurs possibles dépend de l’endroit et du scénario d’émissions de gaz à effet de serre considérés. Notons que les secteurs les plus affectés par le recul passé et futur se trouvent être l’Alaska, l’Europe de l’est et le plateau Tibétain.

rivière glace
Rivière prise par les glaces en Alaska. Crédits : Landsat imagery/NASA Goddard Space Flight Center.

Enfin, les auteurs notent que la durée moyenne d’englacement est raccourcie à hauteur de 6 jours par degré de réchauffement global. Dans un scénario pessimiste, cela nous emmènerait vers une diminution supplémentaire de 16 jours d’ici la fin du siècle. Le point positif est que ce scénario semble de moins en moins probable. Avec un scénario plus réaliste, un recul moyen de seulement 7 jours supplémentaires est attendu.

« Nos résultats montrent qu’à l’échelle mondiale, la glace fluviale diminue de façon mesurable et continuera à décliner de façon linéaire avec l’augmentation prévue de la température de l’air en surface (…) » peut-on lire dans le résumé de l’étude. Des changements qui demanderont a minima de revoir l’organisation socio-économique aux hautes latitudes (transport, habitat, etc.).

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