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Climat : avec quelle précision les scientifiques évaluent-ils l’anomalie thermique mondiale ?

Crédits : NASA’s Scientific Visualization Studio.

Une étude sans précédent évalue avec précision l’incertitude associée au jeu d’anomalie de température globale fourni par la NASA. En particulier, elle montre que l’incertitude s’avère marginale comparée à l’ampleur du réchauffement détecté entre 1880 et 2018. Les résultats ont été publiés le 23 mai dernier dans le Journal of Geophysical Research-Atmospheres.

Prendre la température de la Terre

La température de notre planète est suivie avec attention par les scientifiques. En particulier dans ce contexte de changement climatique. Pour ce faire, il est nécessaire d’effectuer un lourd travail de compilation de données – lesquelles sont fournies par plusieurs milliers de stations météorologiques réparties à la surface du globe. Les séries ainsi obtenues sont exprimées en anomalies par rapport à une référence donnée pour des raisons pratiques que nous n’aborderons pas ici. Cette tâche est effectuée de façon indépendante par plusieurs instituts.

Parmi les plus emblématiques, on trouve l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), le Service national britannique de météorologie (Met Office), l’Agence météorologique japonaise (JMA) et l’Institut Goddard d’études spatiales de la NASA (GISS). Ce dernier a récemment publié un rapport sans précédent évaluant précisément l’incertitude associée au jeu de données produit.

anomalie réchauffement
Estimation de l’anomalie thermique globale en surface par différents instituts, dont ceux cités dans le paragraphe précédent. Crédits : N. Lenssen & al. 2019.

Évaluation et prise en compte de l’incertitude

Les auteurs du papier sont arrivés à la conclusion que celle-ci s’élève à 0,15 °C pour les données les plus anciennes et à seulement 0,05 °C pour les plus récentes. À comparer au réchauffement d’environ 1,1 °C sur la période s’étendant de 1880 à 2018. Il n’y a donc aucun doute sur la réalité de ce dernier.

Là où l’incertitude commence à avoir un effet discernable est sur le classement année par année – par exemple, des plus chaudes aux plus froides. Ainsi, 2016 obtiendrait la première place du podium avec une probabilité de 86,2 %. Toutefois, même dans ce cas, l’imprécision reste faible. De sorte que les autres candidats pour la première place ne se trouvent pas au-delà des 5 dernières années. Il s’agit de 2017 (12,5 %), 2018 (1,2 %) et 2015 (<0,1 %).

anomalie réchauffement incertitude
Marges d’incertitude de la série du GISS. Plus précisément, en vert avec les données sur continents uniquement et continents+océans en bleu. Crédits : N. Lenssen & al. 2019.

« Nous avons rendu la quantification de l’incertitude plus rigoureuse. Et la conclusion de l’étude est que nous pouvons avoir confiance en la précision de notre série de températures globales » conclut Nathan Lenssen, auteur principal de l’étude. « L’incertitude est importante à comprendre, car nous savons que dans le monde réel nous ne savons pas tout parfaitement », rappelle Gavin Schmidt, co-auteur et directeur du GISS. « Toute science est basée sur la connaissance des limites aux chiffres que vous proposez ».

Par ailleurs, cette rigueur permet – entre d’autres – aux scientifiques de vérifier adéquatement les prévisions des modèles climatiques en les comparant aux données du monde réel.

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