Si jusque-là, la surface de la banquise de l’Antarctique restait relativement imperméable aux effets du réchauffement climatique, les derniers relevés témoignent d’une chute brutale au cours du mois de novembre dernier. Le record de la plus faible étendue des glaces a probablement été battu également en février dernier, au coeur de l’été austral. 

Parfois stable, parfois même en légère hausse, la surface de la banquise de l’Antarctique restait jusque-là relativement épargnée des effets du réchauffement climatique, ce qui n’était pas le cas au Pôle Nord par exemple, la situation semble désormais s’y dégrader rapidement. En effet, au mois de novembre dernier, soit le début du printemps en Antarctique, l’extension de la glace a brutalement chuté en passant de 16 à 14 millions de km².

« C’est un phénomène d’une ampleur inédite provoqué en partie par des températures supérieures de 2 à 4 °C au-dessus des normales de saison. Mais l’origine précise de ces températures si élevées est encore inconnue », commentait David Salas y Mélia, climatologue au Centre National de Recherches Météorologiques de Météo-France durant une conférence de presse vendredi 24 mars 2017. « On est désormais curieux de voir comment la banquise va se réinstaller l’année prochaine après cette rupture hors norme », ajoute-t-il. Cette banquise accuse désormais un retard de plus de 2 millions de kilomètres carrés par rapport à la moyenne 1981-2010, comme l’indique le graphique ci-dessous.

Surface recouverte d’au moins 15% de glace

Depuis au moins les années 1970, la tendance de la couverture de la banquise au Pôle Sud était à la stabilité, voire à la hausse, malgré quelques épisodes de pertes loin d’être aussi brutales. Au vu de ce décrochage notable, il semble que la tendance change. Au Pôle Nord, la banquise fond d’année en année, mais au sud, on n’observait pas le même phénomène. En tout cas jusque-là.

« Cette légère extension de la surface des glaces constatée au Pôle Sud était sans doute imputable à trois facteurs », explique David Salas y Mélia, relayé par S & A. D’abord, un brassage relativement faible entre les eaux de surface et celles en profondeur, dont la température est un peu plus élevée. Deuxièmement, les vents violents qui poussent régulièrement les glaces de la banquise vers le large, provoquant ainsi un effet d’extension sur l’océan. Enfin, les eaux froides du sud du Pacifique creusent habituellement un système de basse pression en mer d’Amundsen, donnant naissance, là aussi, à des vents qui contribuent à l’extension de la couverture de glace. Mais alors pourquoi désormais l’Antarctique subit le même fléau que l’Arctique ? Pour le moment, les données sont insuffisantes pour donner une réponse.

Certains signes donnent toutefois des éléments de réponse comme cette immense fissure apparue à l’ouest de l’Antarctique et qui se propage à vitesse grand V. « Elle progresse à la vitesse de 5 terrains de foot par jour et un gigantesque morceau menace de se détacher dans les mois qui viennent », note le climatologue. « Cette zone qui est le prolongement marin de la calotte continentale constitue une sorte de bouchon de glace. S’il vient à céder, une partie de ce qui est en amont pourrait aussi glisser dans l’eau », ajoute-t-il.