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La chirurgie ingénieuse qui a sauvé l’homme le plus intelligent du monde

Portrait d'Albert Einstein. Crédits : Oren Jack Turner, Princeton, N.J

Les dernières années de la vie d’Albert Einstein ont été ponctuées de violentes douleurs abdominales. Pour y faire face, le physicien théoricien a subi une intervention chirurgicale impliquant… de la cellophane. Une opération ingénieuse qui permit à l’un des plus grands génies de notre temps de gagner quelques années.

Nous sommes à l’automne 1948. Albert Einstein, 69 ans, souffre de douleurs à l’estomac particulièrement violentes depuis plusieurs années. Il demande l’avis du Dr Rudolph Nissen, un chirurgien influent de l’hôpital juif de Brooklyn, à New York, qui recommande alors une chirurgie exploratoire.

Einstein, d’abord réticent, accepte finalement de passer sur le billard, un peu à contrecœur. La suite lui donne raison. Le Dr Nissen tombe en effet sur un anévrisme de l’aorte, un tronçon élargi et affaibli de la plus grande artère du corps. Celui d’Einstein a la taille d’un pamplemousse.

Un anévrisme enveloppé dans de la cellophane

Une aorte en bonne santé coule normalement le long de l’abdomen sous la forme d’un long tube droit. Une aorte avec un anévrisme ressemble plus à un serpent qui a avalé un ballon. Et tout comme un ballon, un anévrisme trop gonflé peut finir par éclater. Vous souffrez alors d’une rupture de l’aorte, une urgence médicale qui peut devenir fatale si elle n’est pas traitée rapidement.

De nos jours, les chirurgiens traitent généralement ces anévrismes en retirant la zone ballonnée et en la remplaçant par une greffe. Au cours des dernières décennies, d’autres options moins invasives se sont également développées. Cependant, à la fin des années 1940, ces chirurgies n’étaient pas encore d’actualité. Au lieu de cela, le Dr Nissen s’est tourné vers une simple feuille de cellophane pour envelopper l’anévrisme.

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Paul Langevin et Albert Einstein, 1923. Crédits : Agence de presse Meurisse

Sept années gagnées pour Einstein

Ce que les médecins comme Nissen avaient compris, c’est que la cellophane était plus qu’un simple emballage contraignant. Placé dans l’organisme, ce corps étranger déclenche en effet réaction du système immunitaire qui dépêche sur place des cellules spécialisées pour détruire l’envahisseur. Cette attaque affecte non seulement la cellophane, mais aussi les parties de l’aorte enveloppées en dessous, entraînant finalement un rétrécissement de l’artère dans la zone touchée.

L’opération est un succès. Après trois semaines de convalescence, Einstein quitte l’hôpital et poursuit ses travaux de physique en semi-retraite à Princeton, New Jersey, soulagé de ces problèmes d’estomac. Malheureusement, ça ne dure qu’un temps. Le 13 avril 1955, le physicien est en effet de nouveau transporté à l’hôpital de Princeton alors que son anévrisme de l’aorte revient le hanter.

Sa seule chance de survie est une autre chirurgie. Mais Einstein, maintenant âgé de 76 ans et satisfait de sa vie, refuse. Comme il le dira à ses médecins: “J’ai fait ma part, il est temps de partir. Je vais le faire avec élégance“. Des paroles sages pour un homme qui l’était tout autant. Il décèdera le 18 avril suivant.