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Les chimpanzés soignent aussi leurs blessures avec des insectes

Crédits : NH53/Flickr

Selon une équipe de primatologues dans Current Biology, certains individus pansent leurs plaies ou celles des autres avec des insectes au sein d’un groupe de chimpanzés au Gabon. Il s’agit d’un comportement pro social qui n’avait jamais été observé chez les primates non humains. 

L’automédication est un processus par lequel un hôte supprime ou prévient les effets néfastes du parasitisme ou d’autres causes de maladie par des moyens comportementaux. Ces procédés ont été observés sur plusieurs taxons d’animaux, notamment chez les ours, éléphants, les papillons de nuit ou les étourneaux. Toutefois, la plupart des cas ont été signalés chez les grands singes.

Une observation inédite

Chez les primates non humains, la majorité des études sur l’automédication concernent l’ingestion de parties de plantes ou de substances non nutritionnelles pour combattre ou contrôler les parasites intestinaux. Jusqu’à présent, l’application d’insectes sur la propre blessure d’un individu ou celle d’un congénère n’avait en revanche jamais été rapportée. C’est désormais chose faite.

Il y a un peu plus de deux ans, alors qu’elle filmait une femelle chimpanzé adulte interagissant avec sa petite fille et son fils, Alessandra Mascaro, bénévole du Ozouga Chimpanzee Project, observa un comportement fascinant. Alors que la mère inspectait une blessure au pied de son fils, elle passa ses doigts sous une feuille, attrapa quelques insectes qu’elle mit dans sa bouche, les pressa entre ses lèvres avant d’appliquer la mixture sur la blessure.

Ce comportement est également intéressant dans la mesure où la mère, qui n’était pas blessée elle-même, a reconnu que son fils avait une blessure et a pris des mesures pour tenter de le guérir. Si cela pourrait paraître évident pour nous, humains, il s’agit en réalité d’une remarquable démonstration de comportement pro social chez une espèce non humaine.

« Il y a encore des gens qui doutent des compétences prosociales chez d’autres animaux que les humains et je pense que cet exemple est si clair qu’il finira par convaincre également les sceptiques« , soulignent Simone Pika et son équipe, de l’Institut des sciences cognitives de l’Université d’Osnabrück.

Un comportement courant

Après avoir analysé les images, Simone Pika et son équipe ont surveillé le groupe de chimpanzés du parc national de Loango, au Gabon, pendant plusieurs mois, dans le but de pouvoir éventuellement observer d’autres exemples de ce comportement. En un peu plus d’un an, les chercheurs soulignent avoir documenté pas moins de 76 cas de chimpanzés appliquant des insectes sur des blessures sur eux-mêmes et sur d’autres.

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Cette photo montre une femelle chimpanzé, Roxy, appliquant un insecte sur une plaie au visage d’un mâle adulte nommé Thea. Crédits : Tobias Deschner.
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La séquence comportementale d’un mâle chimpanzé adulte attrapant et appliquant un insecte sur une plaie sur son tibia gauche en six images. Crédits : Current Biology

Pour l’heure, les chercheurs ignorent encore quel type d’insectes est appliqué. Toutefois, de nombreuses études montrent que certaines espèces ont des substances antibactériennes, antivirales, antifongiques, anti-inflammatoires et probablement aussi apaisantes.

L’équipe mènera ainsi davantage de recherches sur le terrain pour tenter d’identifier les insectes utilisés. Les chercheurs espèrent également en apprendre davantage sur la façon dont ce comportement a commencé et comment il s’est transmis parmi les membres du groupe.