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Comme les humains, les chimpanzés tiennent compte de l’intention

Crédits : Suju/pixabay

Les jugements d’actes répréhensibles chez les humains dépendent souvent d’une évaluation visant à déterminer l’intention du ou des auteurs. Deux études publiées dans la revue Biology Letters suggèrent que les chimpanzés sont également parfois capables de juger l’intention d’autrui après avoir subi un tort.

L’expression « c’est l’intention qui compte » utilisée en langage courant se réfère à une notion d’indulgence. Les inhibiteurs classiques du libre choix sont la contrainte (avoir les mains liées par exemple) et l’ignorance (ignorer l’existence d’une alternative). Cela dit, considérer l’intention d’autrui avant de juger d’un acte implique la maîtrise de la théorie de l’esprit qui désigne en sciences cognitives l’aptitude permettant d’attribuer des états mentaux inobservables à soi-même ou à d’autres individus. Nous savons que les humains en sont capables, mais qu’en est-il pour d’autres espèces animales ?

Dans le cadre de récents travaux, une équipe dirigée par Jan Engelmann, de l’Université de Californie à Berkeley, s’est intéressée aux chimpanzés.

Les chimpanzés peuvent se montrer indulgents

Pour cette étude, les chercheurs ont mené plusieurs expériences au sein d’un sanctuaire. Dans un premier temps, les chimpanzés ont appris à rendre un outil qu’on leur avait donné en échange de nourriture.

Par la suite, ils ont demandé à des expérimentateurs de présenter deux aliments aux animaux. Chaque expérimentateur avait préalablement établi quelle nourriture le chimpanzé préférait. Dans certains cas, les aliments étaient positionnés de manière à ce que la personne puisse atteindre les deux. La personne offrait ensuite l’un ou l’autre des aliments aux chimpanzés. Dans d’autres cas, en revanche, l’aliment préféré était enfermé dans une boîte que l’expérimentateur tenterait sans succès d’ouvrir devant le chimpanzé. La personne offrait donc à ce dernier l’aliment le moins apprécié.

Au cours de ces expériences, les chercheurs se sont alors aperçus que les chimpanzés ayant vu que l’expérimentateur n’avait pas d’autre choix que de leur donner la nourriture la moins désirable étaient plus enclins à l’accepter que lorsque la personne leur offrait volontairement. D’après les auteurs, les chimpanzés auraient également montré plus de comportements témoignant d’un ressentiment (comme cracher sur l’expérimentateur) lorsqu’ils comprenaient que leur privation était délibérée.

« Il s’agit, à notre connaissance, de la première démonstration que les chimpanzés comme les humains évaluent le traitement social non seulement en termes de résultat, par exemple s’ils ont reçu un élément préféré ou non préféré, mais aussi en ce qui concerne son histoire causale« , écrivent les auteurs.

Une théorie de l’esprit moins sophistiquée que celle des humains

La seconde expérience était plus subtile. Dans la moitié des cas, un expérimentateur devait cacher l’aliment préféré du chimpanzé où un autre humain chargé de nourrir l’animal ne pouvait pas le voir. En revanche, le chimpanzé était au courant de la cachette. Ainsi, pour autant que la personne fournissant la nourriture le sache, elle donnait à ce dernier le meilleur de ce qui était proposé. Dans l’autre moitié des cas, la personne nourrissant le chimpanzé avait connaissance de la cachette (aux yeux du chimpanzé) et décidait sciemment de ne pas le fournir.

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Schéma des deux expériences. Dans la première, les fruits préférés étaient soit accessibles, soit enfermés dans une boîte que l’expérimentateur ne pouvait pas ouvrir. Dans la deuxième, le fruit préféré était caché là où le chimpanzé pouvait le voir, mais pas l’humain. Crédits : Engelmann et coll./Biology Letters.

Au cours de ces expériences, les chimpanzés n’ont pas été aussi indulgents. En effet, leur théorie de l’esprit ne s’étendait visiblement pas à la compréhension que l’humain ne connaissait pas l’aliment savoureux que le chimpanzé pouvait voir, mais que l’humain ne le pouvait pas. Dans cette expérience, les réactions au fait de recevoir le second meilleur aliment étaient les mêmes, que l’humain sache qu’il y avait une alternative ou non.

Ainsi, il apparaît que les chimpanzés sont effectivement capables de faire des procès d’intention, mais que ces capacités ne sont pas aussi sophistiquées que celles des humains.