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L’histoire tragique de la chienne Laïka, le premier être vivant dans l’espace

Attribution : AlexanderZam(Istock) / NASA

Si l’on se souvient de Laïka comme étant le premier mammifère de l’histoire à avoir quitté la Terre pour l’espace, le destin de l’animal demeure mal connu du grand public. Pourtant, le sort tragique de la chienne illustre tristement le sacrifice banal du monde animal pour les avancées scientifiques. Sa mort s’ancre aussi dans le contexte de la guerre froide où Américains et Soviétiques s’affrontaient pour la suprématie spatiale. Désignée volontaire pour un aller sans retour parmi les étoiles, Laïka s’est retrouvée à l’intersection funeste de ces enjeux aussi historiques que scientifiques.

De Spoutnik 1 à Spoutnik 2

Le 4 octobre 1957, l’URSS mit sur orbite Spoutnik 1, le premier satellite de l’histoire de l’humanité. Ce succès retentissant donna une idée à Nikita Khrouchtchev, le dirigeant soviétique de l’époque. En effet, il jugea que les 40 ans de la révolution russe prévus un mois plus tard, le 7 novembre 1957, seraient l’occasion rêvée pour un nouvel exploit spatial. De plus, le lancement permettrait d’affirmer un peu plus la supériorité de l’URSS sur les États-Unis en la matière. Le premier secrétaire du parti communiste chargea alors les équipes du programme spatial soviétique de mettre sur pied une mission en un temps record. Si placer un être humain en orbite paraissait trop ambitieux au vu du petit mois de préparation qu’il restait, envoyer un chien dans l’espace semblait nettement plus envisageable.

Pour mener à bien la mission, les équipes du programme spatial soviétique sélectionnèrent trois chiennes errantes trouvées à Moscou. On choisit exclusivement des femelles, car elles ne lèvent pas la patte pour uriner. Par rapport aux mâles, elles nécessitent donc moins de place dans l’habitacle. Pour les trois candidates, débuta alors une période de tests et d’entraînements aussi intenses que cruels. On les plaça dans des centrifugeuses et dans des cages de plus en plus petites afin de les habituer à l’espace exigu de la cabine par exemple.

Le lancement

Parmi les trois, les Soviétiques choisirent la chienne la plus calme, Laïka (ce qui signifie petit aboyeur en russe) pour le voyage dans l’espace. Elle fut équipée d’une combinaison spatiale spécialement conçue pour l’occasion. Cet équipement se composait notamment de sangles pour la maintenir attachée et de capteurs afin de suivre ses signes vitaux. Concernant le voyage, les ingénieurs préparèrent de la nourriture constituée d’un mélange de collagène, de pain et de graisse. Finalement, le 31 octobre 1957, Laïka prit place dans l’habitacle de Spoutnik 2 et elle dut y attendre jusqu’au 3 novembre pour que toutes les conditions soient réunies pour le lancement. Durant tout ce temps, l’animal resta donc prisonnier de la capsule…

Pendant le décollage, le rythme cardiaque de Laïka passa d’une centaine de battements par minute à plus de deux cent quarante ! Une fois en orbite, l’animal mit trois bonnes heures à se calmer. Deux heures plus tard, Laïka ne donna toutefois plus de signes de vie. La chaleur et la déshydratation lui avaient été fatales. Et même si elle avait survécu dans l’espace, rien n’était prévu pour s’assurer de son retour sur Terre saine et sauve. Ainsi le 14 avril 1958, Spoutnik 2 se désintégra finalement durant son entrée dans l’atmosphère avec la dépouille de Laïka à son bord.

Laïka chienne espace
L’habitacle de Laïka (Attribution : NASA)

Les réactions de l’envol de Laïka

Les autorités soviétiques se réjouirent d’annoncer le succès de la mise en orbite, mais se gardèrent bien d’informer le public de la mort de Laïka. Ils envoyèrent même des communiqués aussi rassurants que mensongers aux journalistes de l’époque. Néanmoins, ne pouvant éluder le décès de la chienne éternellement, les Soviétiques finir par bricoler un ultime mensonge pour sauver les apparences : les ingénieurs auraient empoisonné la nourriture de Laïka pour éviter à la chienne de souffrir dans l’espace. En 2002 toutefois, la vérité éclata quand un scientifique ayant participé à la mission avoua les raisons affreuses derrière la mort de la chienne.

De leur côté, les organisations de protection de la vie animale de l’époque ne sont pas restées les bras croisés. Par exemple, l’organisation anglaise Dogs Trust invita tous les possesseurs de chien à observer quotidiennement une minute de silence durant toute la mission Spoutnik 2. En France, la SPA envoya une lettre de protestation à l’ambassade de l’URSS pour dénoncer le sacrifice d’une vie innocente au nom de la science et de la compétition spatiale entre Soviétiques et Américains.