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Des chercheurs observent l’émergence et l’évolution d’une espèce nouvelle

Crédits : P. R. Grant

Pour la toute première fois, des scientifiques ont pu observer quelque chose d’étonnant : l’évolution d’une espèce complètement nouvelle, à l’état sauvage, en temps réel. Et cela n’a pris que deux générations.

Il y a sur Terre au moins 15 espèces de pinsons de Darwin, ainsi nommées parce que leur diversité aura aidé le célèbre naturaliste Charles Darwin à comprendre sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle, c’est-à-dire le fait que les mutations peuvent aider les espèces à mieux s’adapter à leur environnement, génération après génération. Deux de ces espèces se sont, en deux générations seulement, réunies pour créer une espèce entièrement nouvelle. Le séquençage génomique et l’analyse des caractéristiques physiques ont récemment confirmé la nouvelle espèce, endémique, d’une petite île appelée Daphné Major dans les Galápagos. Ses découvreurs l’ont surnommé Big Bird.

Pendant leur expédition sur l’île de Daphné Major il y a 36 ans, Peter et B. Rosemary Grant, biologistes à l’Université de Princeton, ont remarqué la présence d’un intrus non autochtone, Geospiza conirostris, originaire d’autres îles des Galapagos, à savoir Española, Genovesa, Darwin et Wolf. Ce dernier s’est accouplé avec deux femelles d’une autre espèce, Geospiza fortis. Et l’un de ces accouplements a produit une progéniture. L’accouplement entre différentes espèces qui donne naissance à une progéniture n’est pas inhabituel – on pense notamment aux mules, le produit de l’accouplement entre un âne mâle et une jument. Il y a aussi des ligres, un croisement entre un lion mâle et un tigre femelle. Mais les espèces hybrides sont souvent stériles, ou se reproduisent difficilement. Mais cela ne s’est pas avéré être le cas pour cette nouvelle progéniture. Une nouvelle lignée était née.

Mais encore fallait-il survivre. Et la bataille fut difficile. La nouvelle espèce était en effet complètement isolée et devait s’accoupler « avec elle-même » pour survivre. Pendant les sécheresses sur l’île enregistrées en 2002-2003, lorsque la nouvelle lignée était dans sa quatrième génération, seuls deux oiseaux ont survécu. Puis ils se sont ralliés. « Quand les pluies sont revenues, le frère et la soeur se sont accouplés et ont produit 26 petits« , a déclaré Rosemary Grant dans une interview l’année dernière. « Tous sauf neuf ont survécu pour se reproduire – un fils a grandi avec sa mère, une fille avec son père, et le reste de la progéniture les uns avec les autres – produisant une lignée terriblement consanguine« .

Mais parce que ces pinsons hybrides étaient plus gros que les populations indigènes, ils ont pu accéder à des choix alimentaires auparavant inexploités et survivre. Lors de la dernière visite des biologistes sur l’île en 2012, ils ont dénombré 23 individus et 8 couples reproducteurs. Ainsi l’observation directe de l’origine de cette nouvelle espèce s’est produite au cours des travaux de terrain menés au cours des quatre dernières décennies.

Charles Darwin aurait été ravi. Vous retrouverez tous les détails de cette étude dans la revue Science.

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