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Des chercheurs mettent au point une montre… vivante

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Culture d'un blob en boite de Pétri sur une couche de flocons d'avoine. Crédits : Tim Tim

Vous souvenez-vous du Tamagotchi ? En 1996, le fabricant de jouets japonais Bandai avait créé un gadget qui, en appuyant sur des boutons situés autour d’un petit écran vidéo, permettait de nourrir un animal virtuel pour qu’il « vive » le plus longtemps possible. Dans le même principe, des chercheurs de l’université de Chicago ont récemment imaginé une montre « vivante » qui ne fonctionne que si vous la nourrissez.

L’informatique ubiquitaire est considérée comme la troisième ère de l’histoire de l’informatique. Elle succède à l’ère des ordinateurs personnels et celle des ordinateurs centraux. Désormais, de petits appareils informatiques permettent de faciliter l’accès à l’information pour tout le monde, n’importe où et n’importe quand. Ces appareils interactifs sont conçus pour être faciles à utiliser et pour être « invisibles ».

Toutefois, les utilisateurs perçoivent leurs appareils comme des « entités distantes ». Dès lors, nous sommes peu enclins à considérer leurs implications environnementales. On utilise nos appareils, puis on les jette pour en acheter de nouveaux lorsqu’ils sont défectueux ou obsolètes. On estime ainsi que plus de 53 millions de tonnes métriques de déchets électroniques ont été jetées rien qu’en 2019, ce qui représente une hausse de 21 % en seulement cinq ans.

Une montre « vivante »

De nombreuses personnes plaident ainsi pour une relation différente avec nos appareils. Cette nouvelle montre « vivante » proposée par des chercheurs de l’université de Chicago s’inscrit dans cette vision. Elle donne l’heure (quand même), mesure la fréquence cardiaque, mais surtout, elle porte en elle un être vivant : un blob.

Physarum polycephalum (ou simplement blo) est une espèce unicellulaire de myxomycète de l’ordre des Physarales, vivant dans les milieux frais et humides. Ni plante, ni animal, ni champignon, cet étrange organisme étonne par ses surprenantes aptitudes. Par exemple, il arrive parfaitement à détecter la présence de nourriture et à l’ingérer alors même qu’il n’a ni bouche, ni estomac, ni yeux. Dépourvu de jambes, de pattes ou d’ailes, il se déplace également en étirant sa membrane. Nous savons également qu’un blob est capable de résoudre des problèmes, présenter différentes personnalités et même communiquer… alors qu’il est dépourvu de cerveau.

Dans le cas qui nous intéresse ici, l’idée consiste donc à nourrir le blob (avec de l’eau et de l’avoine) pour le maintenir en vie. En échange, le blob se charge de fermer un circuit électrique qui active la fonction de monitoring de la fréquence cardiaque. Si le porteur de la montre néglige son blob, celui-ci se plonge alors simplement dans un état de dormance, dont il pourra ressortir dès qu’il sera de nouveau nourri, même si cela n’arrive que plusieurs mois plus tard.

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Lorsque le blob est négligé (à gauche), la fonction s’arrête. Dans le cas contraire (à droite), la montre mesure le rythme cardiaque. Crédits : Jasmine Lu et Pedro Lopes, Université de Chicago

D’après les chercheurs, les personnes ayant testé le fonctionnement de cette montre se seraient attachées à leur blob, allant même jusqu’à ressentir de la compassion lorsqu’on leur a demandé d’arrêter d’en prendre soin.