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Ces chauves-souris au pénis géant réalisent un coït de 12 h sans pénétration

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Crédits : Michel VIARD/istock

Les chauves-souris sérotines sont les premiers mammifères documentés à pratiquer des relations sexuelles sans pénétration. Cette prouesse s’explique par leurs organes génitaux masculins sept fois plus longs et plus larges que les voies génitales des femelles.

Une découverte fascinante

Les comportements copulatoires jouent un rôle crucial dans la sélection sexuelle, mais demeurent énigmatiques pour de nombreuses espèces. En raison de leur mode de vie nocturne et insaisissable, les comportements copulatoires des chauves-souris ont notamment souvent été négligés.

La reproduction de ces mammifères présente pourtant plusieurs particularités uniques telles que le stockage prolongé du sperme et le développement retardé. Une étude révèle aujourd’hui que chez certaines d’entre elles, le pénis est utilisé comme un « bras copulateur » plutôt que comme un organe d’intromission, introduisant ainsi un nouveau comportement copulatoire chez les mammifères.

Un pénis anormalement gros

Le pénis des chauves-souris sérotines (Eptesicus serotinus) mâles est sept fois plus long et plus large que le vagin de leurs homologues femelles. Les spécialistes avaient déjà observé que ces mammifères avaient des organes disproportionnellement longs, mais ils se demandaient encore pourquoi.

Dans le cadre de ces travaux, Nicolas Fasel et son équipe de l’Université de Lausanne ont examiné des images provenant de caméras installées sur une structure accessible aux chauves-souris, permettant une visualisation des organes génitaux pendant l’accouplement. Les chercheurs ont plus précisément documenté 97 séances d’accouplement dans le grenier d’une église aux Pays-Bas et dans un centre de réhabilitation des chauves-souris en Ukraine. Il est ressorti de leurs observations qu’aucune de ces interactions ne semblait impliquer de pénétration.

À la place, les images ont capturé les mâles saisissant les femelles par la nuque et déplaçant leur bassin jusqu’à ce que leur pénis en érection soit fermement pressé contre la vulve de leur partenaire. Les mâles seraient ensuite restés complètement immobiles dans cette position pendant une moyenne de 53 minutes. Cependant, la séquence la plus prolongée se serait étendue sur plus de 12 heures.

Les chercheurs ont observé que les pénis étaient agrandis avant tout contact avec la vulve, éliminant ainsi la possibilité d’une pénétration précoce, une caractéristique observée notamment chez les chiens.

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L’accouplement le plus long enregistré chez les chauves-souris sérotines a duré près de 13 heures. Crédits : Olivier Glaizot

Un « accouplement par contact »

L’équipe a également stimulé les mâles pour induire des érections sous anesthésie. Ils ont alors observé un gonflement en forme de cœur à l’extrémité du pénis.

« Le gonflement terminal, agrémenté de quelques poils courts, est constitué de deux importants tissus érectiles« , expliquent les chercheurs dans leur étude. « Nous émettons l’hypothèse que les poils présents sur ce gonflement jouent un rôle de capteur pour faciliter la localisation de la vulve ». Après l’accouplement, la fourrure abdominale des chauves-souris femelles semblait également humide, suggérant la présence de sperme. Cependant, des échantillons seront nécessaires pour confirmer si les mâles éjaculent pendant la longue étreinte.

Cette découverte représente la première preuve documentée de relations sexuelles sans pénétration, également appelées « accouplement par contact », chez les mammifères. Bien que ce comportement ait été précédemment observé chez les oiseaux, il implique que les mâles et les femelles pressent ensemble des ouvertures appelées cloaques, réalisant ainsi des « baisers cloacaux » qui entraînent le transfert de sperme.

Ces chauves-souris ont peut-être évolué avec des organes génitaux surdimensionnés pour contourner une membrane qui recouvre les parties génitales des femelles. Selon l’équipe, ces animaux utilisent en effet leurs membranes de queue pour voler ou pour chasser des proies.

Pour mieux comprendre ce comportement unique chez les chauves-souris, les chercheurs envisagent de créer une installation d’observation similaire à un aquarium, équipée de caméras pour documenter plus en détail ces interactions.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Current Biology.