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Des chauves-souris brésiliennes ont commencé à se nourrir de sang humain

Crédits : Gerry Carter/Wikimedia

En étudiant les régimes alimentaires d’une colonie de chauves-souris à pattes velues dans les forêts sèches de la Caatinga, au nord-est du Brésil, une équipe de chercheurs s’est aperçue que l’espèce avait évolué pour se nourrir de sang… humain.

Dans l’ordre des chauves-souris, vous retrouverez les insectivores, piscivores ou carnivores, mais également les chauves-souris vampires, hématophages, qui se nourrissent de sang. Elles se posent à proximité de leur victime, la mordent, utilisent leur langue comme une paille et sirotent. Mais aussi intimidantes qu’elles puissent paraître, ces chauves-souris ne s’attaquent pas aux Hommes pour leur sang, préférant se nourrir presque exclusivement de sang d’oiseaux. C’est du moins ce que l’on pensait. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université fédérale de Pernambuco, au Brésil, suggère en effet qu’une espèce à pattes velues dans le nord-est du Brésil (Diphylla ecaudata) a commencé à se nourrir de sang humain, à défaut d’autre chose.

Les chauves-souris vampire ont besoins de sang. Ces dernières succombent en effet en soixante heures si elles sont privées de nourriture. Il existe aujourd’hui trois espèces de chauves-souris suceuses de sang (toutes originaires des Amériques) et la chauve-souris vampire commune était la seule connue à ce jour qui préfère le sang des mammifères. Les animaux domestiques comme les vaches, les chevaux et les porcs sont les hôtes préférés de ces parasites nocturnes, mais malgré le goût pour le sang de mammifère, la chauve-souris vampire commune cible très rarement les humains. Et puis il y a la chauve-souris vampire à ailes blanches (Diaemus youngi) et la chauve-souris vampire à poil (Diphylla ecaudata), toutes deux censées se nourrir principalement d’oiseaux.

Passer du sang d’oiseau au sang de mammifère nécessite des adaptations morphologiques, physiologiques et comportementales extrêmes. Le sang d’oiseaux contient par exemple une plus grande quantité d’eau et de graisses, tandis que le sang de mammifère est riche en matières sèches, principalement des protéines. Comme le rapporte Sandrine Ceurstemont pour New Scientist, des expériences antérieures ont montré que lorsque du sang de porc et de chèvre a été mis à disposition de Diphylla ecaudata, certaines s’étaient laissées mourir de faim plutôt que de diversifier leur alimentation. Il y a quelques semaines en revanche, en étudiant les régimes alimentaires d’une colonie de ces chauves-souris dans les forêts sèches de la Caatinga, au nord-est du Brésil, l’équipe de chercheur menée par Enrico Bernard a découvert quelque chose d’étrange : l’analyse génétique de quinze échantillons de matières fécales contenait de l’ADN d’oiseau, comme prévu, mais trois de ces échantillons contenaient également un mélange d’ADN humain et d’oiseau — preuve que ces individus se nourrissaient des deux.

« Nous avons été très surpris », a déclaré Enrico Bernard. « Cette espèce n’est normalement pas adaptée pour se nourrir du sang des mammifères ». Fait intéressant, les chercheurs se sont également rendu compte que trois des hôtes préférés de ces chauves-souris, le Coucal à sourcils blancs, le Tinamou soui à pattes jaunes et le pigeon picazuro avaient disparu de la région à cause de la déforestation et de la chasse. Selon les chercheurs, les oiseaux domestiques comme les poulets auraient alors permis à ces chauves-souris de faire face à la baisse des grands oiseaux sauvages et parce que beaucoup de paysans maintiennent leurs poulets en contact étroit, les chauves-souris désespérées ont développé un goût pour les deux, expliquant ainsi la présence de poulet et de sang humain dans les échantillons.

La découverte soulève alors deux questions qui devront être approfondies, à savoir comment ces chauves-souris ont-elles évolué pour être aujourd’hui capables de digérer le sang des Hommes lourd en protéines. L’autre question sera de savoir si cela pourrait, à l’avenir, présenter un risque pour leurs nouveaux hôtes humains, l’espèce étant déjà connue pour avoir porté et transmis le virus Hantaan dans le passé.

Source

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.