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Chat dans l’espace : la France pionnière de l’exploration spatiale féline ?

Crédits : Sonsedska / iStock

On a envoyé pas mal d’objets parfois insolites, mais aussi quelques êtres vivants dans l’espace. Avant de réussir à placer un humain sur orbite, il a toutefois bien fallu s’entraîner et tester les technologies en amont. Comme souvent avec la science, quand le résultat implique la vie d’un Homme, on étudie d’abord l’impact sur les animaux. Ainsi, avant Yuri Gagarine, l’URSS a lancé la chienne Laïka parmi les étoiles. Du côté des États-Unis, ce sont des singes que l’on a installés au sommet de grosses fusées. Mais qu’en est-il de l’Hexagone ? Vous l’ignorez sans doute, mais la France est devenue la pionnière dans l’exploration spatiale féline en envoyant le premier chat dans l’espace. Son nom était Félicette et l’on vous raconte son histoire qui n’a hélas rien à envier aux autres animaux de laboratoire !

La France, troisième agence spatiale civile de la planète

En lançant le rat Hector hors de l’atmosphère le 22 février 1961, la France est devenue la troisième nation à envoyer avec succès un animal dans l’espace (après l’URSS et les États-Unis). Par ailleurs, contrairement aux Soviétiques et aux Américains, le programme spatial français ne nommait que certains de ses astronautes à quatre pattes. En effet, il ne fallait pas qu’un scientifique se prenne d’affection pour une boule de poils. Après tout, elle restait avant tout un sujet d’étude. À l’instar d’Hector, on baptisait donc notamment des animaux qui réussissaient à revenir vivants pour les présenter au public.

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Hector, le rat français de l’espace (Crédits : CERMA)

Le Centre d’enseignement et de recherche de médecine aéronautique (CERMA) était chargé de la mission spatiale d’Hector. Il avait toutefois de plus grandes ambitions et souhaitait envoyer un plus gros mammifère afin d’obtenir des résultats plus probants. Leur choix s’est alors porté sur les chats, car les scientifiques français avaient accès à de nombreuses observations neurologiques sur cette espèce. Ils ont plus particulièrement opté pour des chattes, ces dernières étant en effet d’un tempérament plus calme que leurs homologues mâles.

Le programme français d’exploration spatiale féline

Pour cette périlleuse mission, la CERMA a acquis quatorze chattes. Ensuite, le personnel du programme spatial français les a entraînés pendant deux mois comme de véritables astronautes. Les félins ont par exemple été placés dans une centrifugeuse, se sont retrouvés bombardés de bruits assourdissants et ont été habitués à être confinés dans des espaces très réduits. Les scientifiques ont aussi installé des électrodes dans le corps des pauvres animaux, notamment au sein de leur cerveau. Une chatte a d’ailleurs mal supporté cette opération chirurgicale, ce qui lui a valu d’être retirée du programme. Elle est ensuite devenue la mascotte de l’équipe avant qu’un chercheur ne l’adopte. Elle a même eu le droit à un petit nom : Scoubidou.

Il s’agit là d’une chance dont la chatte immatriculée C 341 n’a pas joui. Effectivement, c’est elle qui a été choisie pour le lancement prévu le 18 octobre 1963. Le jour J, le personnel du CERMA a installé des capteurs sur son corps. Ses pattes arrière en ont accueilli plusieurs dans le but de la faire réagir par le biais d’impulsions électriques. À 8 h 09, au bout du compte à rebours, la fusée Véronique s’est élevée au-dessus du désert algérien, encore sous contrôle colonial. À une vitesse folle, la chatte est arrachée de l’atmosphère. L’habitacle a ensuite atteint l’altitude maximale de 152 kilomètres, moment où l’animal a évolué en apesanteur durant cinq minutes. Le moment de redescendre sur la planète bleue est ensuite venu. L’atterrissage s’est bien passé et C 341 en est ressorti indemne (du moins physiquement). Le vol aura duré en tout qu’un quart d’heure.

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La chatte C 341 (Crédits : CERMA)

De C 341 à Félicette

Durant la mission, les scientifiques français ont remarqué l’état comateux dans lequel la chatte a été plongée lorsqu’elle n’était plus soumise à la gravité. Le manque de repères sensoriels expliquerait ce comportement observé dans l’espace uniquement chez un félin. Quoi qu’il en soit, la mission de C 341 a été couronnée de succès. Afin de faire la fierté de la France, il a donc fallu un nom au premier chat de l’espace. À la mode à l’époque, le célèbre chat Félix fournit l’inspiration : C 341 est ainsi devenu Félicette. Son exploit est alors médiatisé dans des journaux ou des documentaires par exemple.

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Carte postale en l’honneur de Félicette (Crédits : CERMA)

Toutefois, la chatte est tombée rapidement dans l’oubli. Dans un contexte de montée en puissance des organisations de protection des animaux, il devenait important de rester discret, surtout pour la suite des opérations… En effet, après trois mois d’observations, les scientifiques ont euthanasié Félicette en toute discrétion. Que voulez-vous ? Il fallait bien récupérer l’électrode qui dépassait de sa tête… Pour célébrer son sacrifice, des services de la poste ont réalisé des timbres. Sur la plupart toutefois, la chatte se nommait Félix, sans doute à cause d’une rumeur : avant le lancement de Félicette, un matou se serait échappé du programme spatial français. Néanmoins, cette histoire ne colle pas, car le CERMA sélectionnait uniquement des femelles et ne leur donnait pas de nom.

Contrairement à Laïka, avec qui elle partage sa destinée de cobaye de laboratoire sacrifié dans le contexte de guerre froide, Félicette a attendu pendant bien des années la reconnaissance. À la fin 2020, une statue à son effigie est néanmoins enfin érigée dans l’hexagone. L’initiative pour célébrer le premier chat de l’espace n’est toutefois pas venue des pouvoirs publics et encore moins de la France. On doit son financement à une campagne Kickstarter lancée par un Anglais, sans aucun doute plus sensible à la cause animale que le programme spatial français de l’époque.