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Le changement climatique touche déjà 85 % de la population mondiale, révèle une synthèse sans précédent

Dans quelques années, la ville de Shan Hai sera beaucoup plus vulnérable aux inondations. Crédits : Pixabay

Pour la première fois, plus de 100 000 études axées sur l’évolution du climat ont été passées au crible à l’aide d’un programme informatique reposant sur l’intelligence artificielle. Les résultats parus le 11 octobre dernier dans la revue Nature dressent un tableau sans précédent des changements environnementaux identifiés aux quatre coins du globe. 

Le nombre d’études publiées dans des revues à comité de lecture et abordant de près ou de loin la question du réchauffement climatique croît à un rythme effréné, au point qu’il devient difficile pour la communauté scientifique de suivre l’allure à laquelle évoluent les connaissances et les incertitudes.

L’intelligence artificielle : entre avantages et inconvénients

En effet, les synthèses et méta-analyses effectuées par les experts ne passent en revue qu’une fraction de plus en plus minoritaire de la pléthore de nouveaux papiers publiés. Par ailleurs, ce sont souvent les travaux déjà cités par d’autres experts ou organismes qui sont repris, laissant dans l’ombre une vaste littérature fantôme, souvent jeune et moins occidentale.

Pour pallier ces limitations croissantes, il est nécessaire de repenser les méthodologies usuelles. Or, c’est précisément ce qu’a fait un groupe de chercheurs du Mercator Research Institute on Global Commons and Climate Change (MCC) situé à Berlin en Allemagne. Grâce à un programme basé sur l’apprentissage automatique, ils ont passé en revue plus de 100 000 études publiées entre 1951 et 2018, identifiées et classées selon un spectre de thématiques bien définies.

feu californie 100 000 études
Un feu de forêt en Californie. Crédits : Skeeze / Pixabay

Si elle ne remplace pas la qualité de l’expertise humaine, la lecture effectuée par le programme informatique permet de s’affranchir de certaines limitations telles que le développement d’une littérature fantôme qui tend à ralentir les progrès scientifiques.

Une cartographie sans précédent des évolutions climatiques

« Depuis le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1990, nous estimons que le nombre d’études publiées chaque année sur les impacts climatiques a augmenté de plus de deux ordres de grandeur », notent les auteurs dans leur papier. « Cette croissance exponentielle des publications scientifiques sur le changement climatique pousse déjà les évaluations manuelles des experts à leurs limites ».

« Entre 1951 et 1990, nous avons environ un total de 1 500 études, alors qu’au cours des cinq années depuis le dernier rapport d’évaluation du GIEC paru en 2013, nous avons entre 75 000 et 85 000 études, une augmentation phénoménale », ajoute Max Callaghan, auteur principal du papier.

inondation Paris
Crédits : byothe / Pixabay.

Les résultats montrent que des changements en température ou précipitations en partie attribuables au réchauffement d’origine humaine sont signalés sur près de 80 % des surfaces terrestres. Parmi les quelques exceptions à la règle, on retrouve notamment l’Antarctique. En outre, près 85 % de la population mondiale est d’ores et déjà affecté par ces bouleversements.

Toutefois, le point réellement novateur des travaux a été la constitution d’une géographie des évolutions rapportées par toutes ces études. Elle montre notamment quels sont les domaines où les changements sont encore difficiles à distinguer de la variabilité naturelle, que ce soit en raison du manque d’observations en terrains inhospitaliers ou trop pauvres pour assurer un suivi permanent.

« En fin de compte, nous espérons que notre base de données mondiale, vivante, automatisée et à plusieurs échelles aidera à lancer une multitude d’évaluations des impacts climatiques sur des sujets particuliers ou des régions géographiques particulières », relatent les auteurs en conclusion de leur étude.