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Les champignons peuvent-ils parler entre eux ?

Les champignons branchiaux fendus (Schizophyllum commune) / Crédits : Nikolay Kashpor / Wikimedia

Les plantes communiquent entre elles grâce à leurs racines. Elles peuvent repérer leur position et ainsi modifier leur croissance. Qu’en est-il des champignons ? Ils semblent également avoir la capacité d’interagir entre eux. Un informaticien de l’Université de Bristol (Angleterre) a en effet repéré une cinquantaine de « mots » fongiques, correspondant à ceux du langage humain.

Les champignons font partie du règne des moisissures et des levures. Ils ont quasiment colonisé tous les environnements terrestres et les réserves d’eau douce, proliférant aussi dans notre corps. Leur mode de communication passe par les hyphes, les structures filamenteuses blanches formant le mycélium.

mycélium champignon
Mycélium de champignons / Crédits : taviphoto/istockphoto

La communication électrique

L’étude parue dans le journal The Royal Society le 6 avril 2022 s’attarde sur quatre espèces de champignons : les champignons fantômes (Omphalotus nidiformis), les champignons Enoki (Flammulina velutipes), les champignons branchiaux fendus (Schizophyllum commune) et les champignons chenilles (Cordyceps militaris). L’expérience consistait à mesurer le potentiel électrique de ces espèces fongiques à l’aide d’électrodes. Andrew Adamatzky, l’auteur des travaux publiés, a constaté des séries de pics de potentiel indiquant une communication électrique entre congénères en réponse à des stimulations chimique, optique et mécanique. C’est ainsi qu’il a pu constater un changement dynamique de la fréquence des pics d’activité qui correspondrait à l’envoi d’un nouveau « mot ».

« Nous avons constaté que la taille du lexique fongique peut aller jusqu’à cinquante mots . Cependant, le lexique de base des mots les plus fréquemment utilisés ne dépasse pas quinze à vingt mots », conclut Andrew Adamatzky.

relevé potentiel électrique champignon
Mesure du potentiel électrique enregistré sur le champignon S. commune. (a) Il y a deux pics importants, d’abord indiqués par des flèches marquées p1 et p2, puis par p2 et p3. (b) Changements dynamiques de la fréquence des pics, tels que dérivés de (a). (c) Paquet d’ondes agrandi, le début du paquet est indiqué par des flèches marquées p1 et la fin par p2. Crédits : Andrew Adamatzky/The Royal Society

Le chercheur a ensuite « caractérisé le langage des champignons en déterminant la longueur des mots et la complexité des phrases. Nous considérons ici un certain nombre de phénomènes linguistiques qui ont été utilisés avec succès pour décoder les symboles pictes révélés comme langage (…) : le type de caractères utilisés pour coder, la taille du lexique des caractères, la grammaire, la syntaxe et l’orthographe normalisée ».

Un équivalent entre le langage fongique et celui des humains

La taille moyenne d’un mot fongique est équivalente à celle de mots employés chez nous, comme dans les langues anglaise ou russe. Sur les quatre étudiés, le champignon S. commune conçoit des phrases plus complexes que ses congénères. Comme l’a remarqué l’informaticien, « la complexité algorithmique et la profondeur logique nous donnent une différenciation substantielle entre les espèces, les dialectes d’espèces distinctes sont différents ». Les champignons auraient donc un langage spécifique par type, excluant ainsi la communication interespèces.

La recherche à venir sera axée sur la variation du langage de ces organismes interespèces, la corrélation entre la grammaire fongique et la nôtre et la compréhension du type de codage.

« Premièrement, nous devrions augmenter le nombre d’espèces de champignons étudiées pour découvrir s’il existe une variation significative dans la syntaxe du langage entre les espèces. Deuxièmement, nous devrions essayer de découvrir les constructions grammaticales, s’il y en a, dans le langage fongique et tenter d’interpréter sémantiquement la syntaxe des phrases fongiques. Troisièmement, et probablement la direction la plus importante des recherches futures, serait de faire une classification approfondie et détaillée des mots fongiques », détaille le chercheur.

Le chemin est néanmoins encore long jusqu’au jour où nous pourrons communiquer avec ces organismes. Comme le dit si bien le scientifique en conclusion de son rapport, « nous n’avons pas encore déchiffré le langage des chats et des chiens bien que nous ayons vécu avec eux pendant des siècles, et la recherche sur la communication électrique des champignons n’en est qu’à ses balbutiements ».