in

Chaleur record en Inde et au Pakistan, prémices du climat de demain ?

Crédits : Met Office.

Selon les travaux du World Weather Attribution, l’épisode de chaleur qui touche le sud de l’Asie depuis le mois de mars n’est qu’un avant-goût de ce que le futur nous réserve. Aussi, alors que la température mondiale a déjà gagné 1,2 °C, la nécessité de travailler sur l’adaptation, l’anticipation et la gestion des extrêmes climatiques est plus que jamais d’actualité.

Depuis de longues semaines, l’Inde et le Pakistan sont en proie à une série de vagues de chaleur d’une intensité remarquable. Si de nombreux records de température ont été battus, avec des valeurs dépassant souvent les 45 °C et ponctuellement les 50 °C, la persistance de ces conditions anormalement chaudes donne à l’épisode du printemps 2022 une dimension véritablement dévastatrice.

Outre les conséquences délétères sur des populations nombreuses et souvent peu armées face à de tels extrêmes ou sur les infrastructures et les écosystèmes, la chaleur et le manque d’eau ont affecté de façon très adverse les cultures. Pour ces raisons, l’Inde est revenue sur sa décision de pallier une partie de la baisse des exportations de blé russes. La sécurité alimentaire nationale étant en jeu, aucun flux n’est finalement autorisé à passer les frontières.

chaleur
Température maximale moyenne sur mars et avril 2022 (a) et anomalies par rapport à la période 1979-2022 (b). Le cadre vert délimite la région étudiée par le WWA. Crédits : M. Zachariah & coll. 2022.

D’un épisode de chaleur plurimillénaire à centennale

Selon une analyse préliminaire du World Weather Attribution (WWA), un groupe international de chercheurs spécialisés dans l’attribution, cet évènement de chaleur a été rendu trente fois plus probable par le réchauffement climatique. En effet, la période de retour d’un tel extrême a été estimée à 3000 ans dans un climat non altéré par les activités humaines et à cent ans seulement dans le climat actuel où la température moyenne du globe a déjà augmenté de 1,2 °C.

Par ailleurs, les scientifiques ont estimé que cette chaleur exceptionnellement précoce et durable pourrait survenir jusqu’à une fois tous les cinq ans dans un scénario pourtant optimiste où la température moyenne mondiale ne dépasse pas les 2 °C d’ici à 2100. Par conséquent, outre la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, les chercheurs soulignent le besoin de développer une adaptation et une capacité d’anticipation fortes des extrêmes climatiques.

Anomalies de précipitations sur mars-avril 2022 par rapport à la moyenne 1981-2010. Les déficits apparaissent en rouge. Crédits : M. Zachariah & coll. 2022.

« Il est trompeur de supposer que les impacts sont inévitables », note le rapport du WWA. « Les plans d’action contre la chaleur, qui comprennent une alerte précoce et une action anticipée, des messages de sensibilisation et de changement des comportements, ainsi que des services publics de soutien, peuvent réduire la mortalité et leur déploiement en Inde a été remarquable, couvrant désormais 130 villes et villages ».

Si les extrêmes climatiques amèneront quoi que nous fassions un certain nombre de pertes et de dommages, il n’est pas trop tard à la fois pour empêcher l’envolée des températures à des niveaux qui rendraient ces régions véritablement inhabitables, mais également pour développer une culture du risque et une organisation socio-économique résiliente adaptée à ce type de conditions lorsqu’elles se manifestent.