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Cette punaise porte les cadavres de ses victimes pour mieux se camoufler

Crédits : Orionmystery/Wikipédia

En Malaisie évolue une espèce de punaise connue pour aspirer le sang et la chair de ses victimes. Mieux encore, une fois ses proies vidées, cet insecte fixe leur carcasse sur son dos pour mieux se défendre des prédateurs.

Bouclier de fourmis

Originaire de Malaisie, Acanthaspis petax est une redoutable prédatrice. Mesurant environ un centimètre de long, cette punaise propose en effet une technique de chasse mortelle, utilisant sa longue trompe pour percer le corps de ses proies – souvent des fourmis – pour y injecter de la salive contenant un agent paralysant et des enzymes. Le but : dissoudre les tissus pour mieux les aspirer.

Mais ce n’est pas tout. Acanthaspis petax ramasse ensuite les cadavres de ses victimes, essentiellement des exosquelettes creux, pour les mettre sur son dos. Collés ensemble grâce à de la salive, ils forment parfois une masse plus grosse que la punaise elle-même.

Mais alors, quel est le but de cette pratique macabre ? En 2007, une équipe de chercheurs a théorisé que la technique pouvait permettre à ces punaises d’échapper aux yeux de certaines araignées sauteuses, qui sont leurs principales prédatrices. Pour tester cette idée, ils ont mis au point une expérience au cours de laquelle ils ont présenté des punaises “nues” ou “équipés de sac à dos de fourmis” à ces araignées. Résultat : ces dernières ont attaqué les premières punaises dix fois plus souvent que les secondes.

Soulignons également qu’Acanthaspis petax s’attaque à d’autres proies, mais ne porte sur son dos que les restes de fourmis. La question est : pourquoi ?

D’après les chercheurs, il est possible ces punaises profitent de l’aversion innée des araignées sauteuses pour ces dernières, considérées comme des cibles potentiellement dangereuses. Contrairement à Acanthaspis petax, ces araignées ne développent en effet aucun agent paralysant, et nous savons que des fourmis attaquées sont capables de riposter à plusieurs. Aussi, les restes de ces insectes pourraient agir comme un “répulsif” naturel contre les araignées.

Le chapelier fou

Acanthaspis petax n’est pas la seule à développer ce type de défense macabre. Uraba lugens, un papillon de la famille Nolidae retrouvé en Australie et en Nouvelle-Zélande, est un autre exemple.

Avant de se transformer en papillon, Uraba lugens se développe naturellement en tant que chenille qui, au fur et à mesure qu’elle grandit, perd ses exosquelettes. U. lugens est ainsi capable de muer jusqu’à treize fois avant de se transformer en papillon. Mais tout n’est pas perdu.

Dès la quatrième de ces mues, la section de tête précédente reste en effet attachée au “nouveau” corps pour former une sorte de petit “chapeau”. Naturellement, ces chapeaux sont à chaque fois de plus en plus gros, s’empilant au fil du temps sur la tête de ces chenilles.

Cette caractéristique a valu à cette chenille le surnom de “chapelier fou”, d’après le personnage retrouvé dans les aventures d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll.

Là encore, il ne s’agit pas pour ces chenilles de simplement “parader” avec leur pile de chapeaux. Ces accoutrements les protègent en effet des attaques aériennes des chauves-souris. Grossièrement, plus la pile est haute, plus les chances de se mettre à l’abri avant que ces prédatrices n’attrapent leur “vraie tête” sont importantes.