néandertal asticots
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Cette découverte sur l’alimentation des Néandertaliens va vous dégoûter… mais elle révèle leur intelligence

Préparez-vous à réviser complètement votre vision des habitudes alimentaires de nos cousins préhistoriques. Une équipe de scientifiques vient de lever le voile sur un mystère vieux de dizaines de milliers d’années, révélant une stratégie nutritionnelle des Néandertaliens aussi ingénieuse que répugnante pour nos standards modernes. Cette découverte bouleverse notre compréhension de leur intelligence et de leurs capacités d’adaptation.

Un festin peu ragoûtant mais stratégique

Imaginez la scène : dans les steppes glacées de l’Europe préhistorique, un groupe de Néandertaliens vient d’abattre un imposant mammouth. Plutôt que de se jeter immédiatement sur cette aubaine, ils font quelque chose d’inattendu. Ils patientent. Ils laissent la carcasse se décomposer sous le soleil, attirant inexorablement des nuées de mouches. Une semaine plus tard, ils reviennent… pour récolter les milliers d’asticots grouillants qui ont envahi la chair putréfiée.

Cette image, loin d’être le fruit d’une imagination débordante, pourrait bien correspondre à la réalité de la vie quotidienne de nos ancêtres. C’est en tout cas la théorie révolutionnaire que défend une équipe de recherche menée par le Dr Melanie Beasley de l’Université Purdue, et les implications de cette découverte dépassent largement le simple dégoût qu’elle peut inspirer.

L’énigme des super-prédateurs

Depuis des décennies, les paléoanthropologues butent sur une anomalie troublante dans l’analyse des restes néandertaliens. Les ratios d’isotopes d’azote retrouvés dans leurs ossements les placent au même niveau que les hypercarnivores les plus redoutables de leur époque : lions des cavernes, loups géants, hyènes. Une position dans la chaîne alimentaire qui défie toute logique évolutionnaire.

Comment des primates, dotés d’un système digestif fondamentalement herbivore, ont-ils pu rivaliser avec les plus féroces chasseurs de la préhistoire ? La réponse traditionnelle évoquait une consommation massive de viande, mais cette explication achoppait sur un obstacle physiologique majeur : l’empoisonnement protéique.

En effet, notre organisme ne peut métaboliser plus de 300 grammes de protéines maigres par jour sans déclencher ce que les nutritionnistes appellent la « famine du lapin ». Au-delà de ce seuil, maintenu pendant quelques semaines, l’organisme s’empoisonne littéralement, entraînant une détérioration rapide et potentiellement mortelle. Les Néandertaliens, malgré leurs adaptations, restaient des primates soumis aux mêmes contraintes biologiques que nous.

La sagesse des peuples du froid

Pour résoudre cette énigme, l’équipe de Beasley s’est tournée vers une source d’inspiration inattendue : les pratiques alimentaires des peuples chasseurs-cueilleurs des régions arctiques. Les Inuits, confrontés aux mêmes défis nutritionnels que les Néandertaliens, ont développé des stratégies remarquables pour maximiser l’apport en graisses de leur alimentation.

Lorsqu’ils abattent un caribou ou un phoque, ces chasseurs expérimentés privilégient systématiquement les organes gras – cerveau, foie, langue – abandonnant la majeure partie de la viande musculaire maigre à leurs chiens de traîneau. Plus surprenant encore, les archives ethnographiques regorgent d’exemples de populations autochtones consommant régulièrement des aliments putréfiés grouillant d’asticots.

Cette pratique, loin d’être le fruit de la nécessité ou de l’ignorance, révèle une compréhension intuitive remarquable des processus de transformation nutritionnelle. Les larves de mouches, en se nourrissant de chair en décomposition, concentrent et transforment les nutriments disponibles, devenant de véritables capsules de graisses et de protéines hautement assimilables.

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L’alchimie des asticots

Pour vérifier cette hypothèse audacieuse, les chercheurs ont mené une expérience aussi rigoureuse que peu ragoûtante. Ils ont analysé les compositions isotopiques de 389 larves appartenant à trois familles différentes de mouches, toutes récoltées dans de la chair animale en décomposition contrôlée.

Les résultats, rapportés dans Science Advances, ont dépassé leurs espérances les plus optimistes. Si la putréfaction entraîne effectivement une légère augmentation des concentrations d’azote dans les tissus, ce sont les asticots eux-mêmes qui révèlent le véritable trésor nutritionnel. Certaines larves atteignent des concentrations d’azote de 43,2%, transformant littéralement la protéine maigre en super-aliment concentré.

Cette transformation biochimique résout élégamment le paradoxe néandertalien. En combinant chair putréfiée et larves grasses, nos ancêtres accédaient à un cocktail nutritionnel optimal, riche en lipides essentiels et en protéines hautement concentrées, sans risquer l’empoisonnement protéique.

Une intelligence sous-estimée

Au-delà de l’aspect purement nutritionnel, cette découverte révèle des capacités cognitives néandertaliennes bien plus sophistiquées qu’on ne l’imaginait. Gérer la décomposition contrôlée d’une carcasse de mammouth demande une planification temporelle remarquable, une compréhension des cycles biologiques et une capacité d’anticipation développée.

« Imaginez la logistique nécessaire« , explique Beasley. « Ils devaient évaluer le temps de décomposition optimal, prévoir le retour sur le site, gérer la concurrence avec les charognards naturels. C’est une stratégie alimentaire d’une complexité remarquable.« 

Cette révision de nos préjugés sur l’intelligence néandertalienne s’inscrit dans un mouvement scientifique plus large de réhabilitation de cette espèce longtemps caricaturée. Loin d’être des brutes primitives, les Néandertaliens apparaissent désormais comme des survivants ingénieux, capables d’exploiter des niches écologiques que nous n’aurions jamais imaginées.

La prochaine fois que vous croiserez un asticot, souvenez-vous : vous contemplez peut-être l’un des secrets de la survie de nos cousins préhistoriques.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.