Ces tunnels géants ne sont pas d’origine humaine ou géologique

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Crédits : Heinrich Frank

Il y a une vingtaine d’années, des géologues sont tombés sur un certain nombre d’énormes tunnels en Amérique du Sud. Après enquête, il en est ressorti que ces formations n’avaient pas été creusées par des humains, ni même par des processus géologiques. Mais alors, comment ces tunnels sont-ils apparus ?

Heinrich Frank est un célèbre géologue et professeur brésilien spécialisé en géologie du karst. Il s’agit d’un type de paysage géologique caractérisé par la dissolution de roches solubles, principalement des roches carbonatées comme le calcaire et la dolomite. Les processus karstiques se produisent lorsque l’eau de pluie légèrement acide réagit chimiquement avec les roches solubles, dissolvant progressivement les minéraux et créant des formations et des terrains particuliers.

Au cours de sa carrière, le géologue a donc étudié divers aspects de cette géologie, dont les formations de grottes et tunnels. Il y a quelques années, alors qu’il explorait les régions sud-américaines, le chercheur a repéré l’un de ces trous encastrés dans une colline sur un chantier de construction alors qu’il passait devant sur l’autoroute. Il est ensuite retourné sur place et a rampé à l’intérieur.

Le tunnel mesurait 4,5 m de long. Toutefois, d’après son expérience, il n’avait pas été créé par des forces géologiques. Aucun rapport de construction ne laissait également à penser qu’il avait été creusé intentionnellement par des humains. C’est alors qu’il repéra plusieurs traces de griffures géantes au plafond. Il est alors devenu clair que des animaux préhistoriques avaient joué un rôle dans leur création.

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Quelques-unes de ces marques de griffures. Crédits : Heinrich Frank.

Des paresseux géants

On pense que ce tunnel, ainsi que de nombreux autres que lui et d’autres ont découverts au Brésil et en Argentine, ont en effet probablement été faits par des paresseux géants il y a entre 8 millions d’années et 10 000 ans. On parle alors de « paléoterriers ». Dans la seule région du Rio Grande do Sul, Frank et son équipe en auraient découvert plus de 1 500. Le plus long d’entre eux, qui s’étend sur 609 m sur environ 1,8 m de hauteur, a probablement été creusé par plusieurs générations de paresseux.

Rappelons que ces animaux étaient considérablement plus grands que les paresseux modernes. Ils pesaient jusqu’à plusieurs tonnes et mesuraient plus de deux mètres de haut. Ces animaux possédaient également de longues griffes permettant de creuser dans les sols meubles et les roches tendres.

Malgré leur taille, il existe des preuves que les humains chassaient parfois les paresseux géants. En 2018, l’analyse de plusieurs dizaines d’empreintes fossilisées de paresseux et d’humains trouvées dans l’Utah (États-Unis) laissait en effet à penser que nos ancêtres avaient traqué l’un de ces animaux. Plus ludique : nous savons aussi que les enfants préhistoriques sautaient aussi parfois dans les flaques d’eau remplissant leurs empreintes.

Ainsi, la découverte des immenses tunnels en Amérique du Sud a révélé un aspect fascinant de notre histoire naturelle, nous plongeant dans une époque où des créatures gigantesques, comme les paresseux géants, parcouraient la Terre. Les recherches menées par Heinrich Frank et son équipe ont non seulement identifié ces tunnels comme des « paléoterriers » creusés par ces impressionnants animaux préhistoriques, mais ont également enrichi notre compréhension des interactions entre les espèces animales et leur environnement à travers les âges. Ces découvertes nous rappellent combien il est crucial de continuer à explorer et étudier les vestiges du passé pour mieux comprendre l’évolution de notre planète et les créatures qui l’ont habitée. Les tunnels des paresseux géants sont un témoignage remarquable de l’ingéniosité de la nature et de la capacité des espèces à s’adapter et à façonner leur habitat. Ils nous invitent également à réfléchir à notre propre impact sur l’environnement et à la manière dont nous préservons les traces de l’histoire naturelle pour les générations futures.