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Ces termites n’ont pas besoin de mâles pour se reproduire, mais comment font-ils ?

Crédits : Wikimedia Commons / CSIRO

Une équipe de chercheurs annonce la découverte de colonies de termites entièrement féminines au Japon. Si beaucoup d’espèces font déjà appel à la parthénogenèse, c’est ici une première chez les termites. Les détails de l’étude sont rapportés dans la revue BMC Biology.

Comme la plupart des autres espèces, nous avons besoin de mâles et de femelles pour engendrer une progéniture et construire une population. Certaines espèces, en revanche, échappent à cette condition, se reproduisant de manière asexuée. C’est notamment le cas chez certains poissons, amphibiens, reptiles ou insectes. Mais la « parthénogenèse » – auto-fécondation à partir d’une seule gamète femelle – n’avait jusqu’alors jamais été observée chez les termites. Ils semblaient présenter des colonies exclusivement mixtes, mais une récente étude prouve pourtant le contraire. Au Japon, une espèce particulière – Glyptotermes nakajimai – semble en effet très bien s’en sortir sans mâles.

«[Tout comme] les sociétés égales entre les sexes chez les humains, les colonies de termites ont généralement un nombre égal de mâles et de femelles, explique Toshihisa Yashiro, biologiste à l’Université de Sydney (Australie) et principal auteur de l’étude. Les mâles et les femelles travaillent également pour que la société fonctionne». Mais en examinant l’une de ces colonies il y a quelques mois, le chercheur s’est très vite rendu compte que les mâles manquaient à l’appel. Pour en avoir le cœur net, il a passé plus d’un an à compter, une par une, les milliers de termites évoluant dans 74 colonies réparties sur 15 sites à travers le pays.

Sur Honshu – la plus grande île du Japon – ainsi que sur les îles au large d’Amami-Oshima, d’Okinawa et d’Ogasawara, la répartition des sexes étaient parfaitement égale. Comme on pouvait s’y attendre, il y avait un roi qui proposait son sperme et des milliers d’autres mâles œuvrant pour le bien de la colonie. Sur les deux petites îles de Shikoku et Kyushu en revanche, les mâles manquaient à l’appel. Les reines de ces colonies ne stockaient pas de spermatozoïdes et leurs œufs restaient non fertilisés. Malgré tout, le taux d’éclosion de ces œufs non fertilisés était le même que celui des fécondés dans les populations mixtes. «Ces résultats démontrent que les mâles ne sont pas essentiels au maintien des sociétés animales dans lesquelles ils jouaient auparavant un rôle social actif», explique le biologiste évolutionniste Nathan Lo, de l’Université de Sydney.

Après une étude plus approfondie, il ressort également que cette distinction s’est faite il y a environ 14 millions d’années. Pour les chercheurs, passer à la parthénogenèse aurait alors pu conférer un avantage aux termites isolés dans un nouvel environnement – ici les petites îles. Un mécanisme de l’évolution qui permit, peut-être, de garantir la prospérité à ces populations. «Toutes choses étant égales par ailleurs, les populations asexuées croissent deux fois plus vite que les populations sexuelles, car seules les femelles sont tenues de se reproduire, poursuit le chercheur. Ce taux de croissance accru des colonies permet aux populations de s’installer plus facilement dans de nouveaux environnements».

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