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Ces petits reptiles sont les parents des ptérosaures

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Une reconstitution de la vie de Scleromochlus taylori. Crédits : Gabriel Ugueto

En analysant des fossiles découverts il y a plus d’un siècle dans le nord-est de l’Écosse, des paléontologues ont établi un lien entre de petites créatures évoluant il y a 237 millions d’années et les célèbres ptérosaures, ces reptiles volants qui ont traversé l’ère des dinosaures. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature.

Des dizaines de millions d’années avant les premiers oiseaux, les ptérosaures ont été les pionniers du vol avec des ailes en forme de voile et des os ultra légers. Cependant, les origines de ces créatures sont encore largement incomprises, essentiellement à cause du manque de fossiles. Les plus anciens ptérosaures connus avaient en effet déjà des ailes et étaient capable de voler, ce qui rend difficile la cartographie de leur évolution aérienne.

Pendant des décennies, les paléontologues ont postulé que les premiers ptérosaures étaient arboricoles, expérimentant leurs premières expériences aériennes avec le vol plané. Dans le cadre d’une récente étude, des chercheurs de l’Université de Birmingham (Angleterre) et de Virginia Tech ont peut-être découvert une origine plus terrestre à ces anciennes créatures en réexaminant une cache de fossiles découverts il y a plus d’un siècle dans une bande de grès du nord-est de l’Écosse.

Des petites créatures qui intriguent

Connus sous le nom de reptiles d’Elgin, d’après une ville écossaise voisine, ces fossiles datent d’il y a environ 237 millions d’années, ce qui nous ramène à la fin du Trias. Ils représentent une espèce nommée Scleromochlus. Ces créatures n’étaient pas très grandes, mesurant à peine vingt centimètres de long.

Depuis sa découverte au début des années 1900, Scleromochlus laissait les paléontologues perplexes dans la mesure où bon nombre de ses ossements ont été perdus, ne laissant que quelques empreintes imprimées dans la roche. Pendant longtemps, les chercheurs ont versé du latex ou de la cire dans ces vides pour créer des moulages. La technique fonctionne, certes, mais ne permet pas révéler les traits les plus complexes.

Pour ce nouveau travail, les paléontologues ont placé plusieurs de ces blocs de grès contenant des spécimens de Scleromochlus sous un micro scanner CT. Cela leur a permis de reconstruire numériquement le squelette de cette espèce disparue en trois dimensions.

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Une moitié de l’impression de grès de l’ancien reptile. Crédits : Paul Barrett

Un proche des ptérosaures

Arès un examen approfondi, les chercheurs ont identifié plusieurs traits que Scleromochlus partageait avec les Lagerpétidés, un groupe de petits reptiles ayant évolué durant la période du Trias. Ces caractéristiques incluent un crâne étrangement grand pour sa taille et une tête de fémur crochue qui s’insère verticalement dans la hanche au lieu d’être évasée sur le côté comme la jambe.

Les Lagerpétidés semblent avoir été de petites créatures agiles et bipèdes proches des dinosaures, mais plus proche encore des ptérosaures. « Au premier coup d’oeil, ils ne ressemblent en rien à des ptérosaures« , souligne le Dr Brusatte, principal auteur de l’étude. « Cependant, après un examen attentif de leurs squelettes, les similitudes avec les ptérosaures sont devenus évidentes, comme une encre invisible tenue à la lumière. »

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Une reconstruction squelettique en 3D de Scleromochlus taylori. Crédits : Matt Humpage, Northern Rogue Studios

Si Scleromochlus était effectivement un parent précoce des ptérosaures, alors il remet en question l’hypothèse selon laquelle les ptérosaures ont initialement plané. Comme le souligne Kevin Padian, qui a étudié l’évolution des ptérosaures pendant des décennies, Scleromochlus n’avait en effet pas les hanches assez robustes pour sautiller de branche en branche. Il n’était donc visiblement pas adapté pour vivre dans les arbres.

Au lieu de cela, Scleromochlus était probablement plus à l’aise au sol à chasser les insectes avec ses avant-bras libres, préparant ainsi potentiellement le terrain pour la suite. L’utilisation de leurs membres antérieurs pour d’autres fonctions aurait en effet pu être liée à l’évolution de nouvelles habitudes, y compris le vol actif dans le cas des ptérosaures.