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Ces fourmis se nourrissent sans risque en utilisant le phénomène de capillarité

Crédits : British Ecological Society

Une étude récente s’est intéressée aux “fourmis de feu noires importées”. Durant une expérience, celles-ci ont montré des aptitudes étonnantes dans l’exploitation d’une source d’eau sucrée sans se noyer. Leur secret réside dans le phénomène de capillarité.

Des passerelles pour éviter la noyade

La capillarité est le phénomène d’interaction se produisant aux interfaces entre deux liquides non miscibles, entre un liquide et l’air ou entre un liquide et une surface. Ce phénomène implique des forces de tension superficielle entre les différentes phases en présence. Il se produit par exemple lorsqu’un buvard aspire de l’encre ou qu’une éponge s’imbibe d’eau. Dans une étude publiée par la British Ecological Society le 8 octobre 2020, des chercheurs étasuniens et chinois ont mené une expérience. Les directeurs de l’étude ont présenté de l’eau sucrée dans de petites coupelles à des fourmis de feu noires importées (Solenopsis richteri). À l’aide d’un liquide tensioactif, la portance du liquide a été modifiée, augmentant du même coup les risques de noyade.

Les fourmis ont alors accumulé des grains de sable sur les parois intérieures et extérieures des coupelles. L’objectif ? Construire de petites passerelles afin d’éviter de se noyer en siphonnant l’eau sucrée, et ce, par un phénomène classique de capillarité. Pour les scientifiques, il s’agit de la première fois que l’on observe la fabrication d’une sorte de siphon dans le monde animal pour exploiter une source d’alimentation liquide. Pourtant, l’utilisation d’outils est connue depuis longtemps chez les oiseaux ou les primates.

fourmis sucre passerelle
Crédits : British Ecological Society

Une stratégie issue de l’évolution

La fourmi Solenopsis richteri est endémique de l’Amérique du Sud. Tout comme ses cousines de la sous-famille Myrmicina, les fourmis de feu noires importées ont un abdomen non extensible. Celui-ci limite donc la capacité de l’insecte à stocker et transporter de la nourriture. Ainsi, plusieurs espèces de ces fourmis ont ainsi choisi d’utiliser un matériau comme le sable (ou des feuilles) pour ses capacités d’imprégnation d’un liquide.

Bernard Werber, célèbre journaliste scientifique et auteur de La Trilogie des Fourmis a été interrogé par l’AFP. L’intéressé a déclaré ne pas être surpris par les résultats de l’expérience. Selon l’expert, les fourmis testent des choses constamment et évoluent. Sur les 12 000 espèces de fourmis existantes, nombre d’entre elles ont déjà trouvé des solutions à divers problèmes.

Les fourmis de feu ont une capacité d’adaptation assez incroyable. En 2018, après le passage de l’ouragan Florence, notamment en Caroline du Nord, des chercheurs ont découvert des fourmis de feu sur les eaux de surface. Les insectes se regroupaient par milliers en radeaux pour survivre ensemble et tenter de retrouver la terre ferme.