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Ces composés prouvent-ils qu’il y a eu de la vie sur Mars ?

La planète Mars. Crédits : Pixabay

Une équipe d’astrobiologistes affirme que les molécules organiques découvertes par Curiosity sur Mars pourraient suggérer la présence de vie passée. Néanmoins, est-ce vraiment le cas ?

Il y a quelques années, le rover Curiosity a détecté la présence de thiophène sur Mars. C’était plus précisément dans le cratère Gale où il évolue depuis plus de sept ans. Ces composés organiques se retrouvent sur Terre dans le charbon, le pétrole brut ou même les truffes blanches. Une étude récente publiée dans la revue Astrobiology examine aujourd’hui les différentes manières de les produire sur Mars. Or, l’une d’elles implique la présence de vie.

Origine biologique ou abiotique ?

Constitués de quatre atomes de carbone et d’un atome de soufre, les thiophènes peuvent se former dans le cadre d’un processus de réduction des sulfates qui peut être déclenché de plusieurs façons.

La première est abiotique (la présence de vie n’est pas conviée). Dans ce cas précis, pour obtenir des thiophènes, les composés précurseurs doivent être chauffés à 120°C. Sur Mars, ces conditions peuvent se présenter lorsque des météorites viennent frapper la surface. Cela se produit très souvent.

Toutefois, comme le soulignent les chercheurs de l’Université d’État de Washington et du Berlin Institute of Technology dans leur étude, des bactéries pourraient également enclencher ce processus de réduction des sulfates. En revanche, pour ce faire, les conditions environnementales doivent être plus douces. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un peu plus de trois milliards d’années, Mars était vraisemblablement plus accueillante qu’elle ne l’est aujourd’hui. Son atmosphère était en effet plus épaisse, les températures étaient plus chaudes et il y a avait, semble-t-il, beaucoup d’eau en surface.

Ce qu’avance donc aujourd’hui cette étude, c’est que dans ces conditions, une vie microbienne aurait elle aussi été en mesure de produire de thiophènes capables de persister encore de nos jours.

« Nous avons identifié plusieurs voies biologiques pour les thiophènes qui semblent plus probables que les voies chimiques, mais nous avons encore besoin de preuves« , a déclaré Dirk Schulze-Makuch, principal auteur de ces travaux. « Si vous trouvez des thiophènes sur Terre, alors vous penseriez qu’ils sont d’origine biologique, mais sur Mars, bien sûr, la barre pour le prouver se doit d’être placée bien plus haut« .

Effectivement, comme l’a dit une fois le célèbre astronome Carl Sagan, « des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires« . Néanmoins, ces preuves, nous pourrions bientôt les trouver.

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Autoportrait de Curiosity capturé le 3 février 2013. Crédits : NASA

Un nouvel instrument pour faire la différence

En effet, l’ESA compte prochainement envoyer un rover sur la planète rouge : le Rosalind Franklin. Si tout se passe comme prévu (ce qui n’est pas encore gagné), il embarquera avec lui un analyseur de molécules organiques (MOMA) bien plus efficace que celui utilisé par le rover Curiosity.

D’après les chercheurs, cet instrument pourrait se concentrer sur l’analyse des isotopes de carbone et de soufre contenus dans ces thiophènes. Les isotopes, on le rappelle, sont des variations des éléments chimiques qui présentent un nombre de neutrons différent de la forme typique des atomes. Cela entraîne des différences de masse.

Les micro-organismes étant « paresseux » (ou incroyablement « intelligents »), ils préfèrent utiliser les variations d’isotopes légers de l’élément, car cela leur coûte moins d’énergie. Ils modifient ainsi les rapports entre isotopes lourds et légers dans les composés qu’ils produisent. Ce que l’instrument de l’ESA pourrait donc faire, c’est évaluer ces différences de rapports. Ainsi, nous pourrions déterminer l’origine biologie ou abiotique de ces composés.

Mais là encore, la citation de Carl Sagan résonne dans nos têtes. Les implications seraient en effet trop importantes. Donc, même si le rover de l’ESA arrive à faire la différence, les chercheurs estiment qu’il sera nécessaire de se rendre sur place directement et d’analyser nous-mêmes ces composés avant de confirmer la présence ou non de vie sur Mars.

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