Certaines baleines pourraient avoir été anéanties par les Européens médiévaux

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Crédits : SL_Photography/istock

L’analyse d’anciens ossements de baleines suggère que les chasseurs européens médiévaux auraient pu cibler deux espèces de baleines au point de les mener à l’extinction dans l’est de l’Atlantique Nord. 

La chasse à la baleine durant l’époque médiévale

L’impact de la chasse industrielle à la baleine au 20e siècle a été extrêmement significatif et a eu des conséquences graves sur de nombreuses espèces de grandes baleines en entraînant une réduction drastique de leurs populations. Il est cependant à noter que la chasse à la baleine est pratiquée dans les eaux européennes depuis des millénaires, et notamment durant l’époque médiévale. De nombreux textes historiques mentionnent en effet cette activité.

Selon le NYT, l’un d’eux, écrit en vieux norrois et datant d’environ 1250 après J.-C., prévient qu’il existe certaines variétés « féroces et sauvages envers les Hommes » qui « cherchent à détruire à chaque occasion« , mais que d’autres espèces de baleines, plus dociles, « sont chassées par centaines » pour fournir de la nourriture.

Dans le cadre d’une étude récente, Youri van den Hurk, zooarchéologue à l’Université norvégienne des sciences et technologies, a voulu étayer les informations contenues dans ces textes avec des preuves physiques et biologiques. Cependant, l’identification taxonomique des os de baleine trouvés lors de fouilles archéologiques reste problématique en raison de leur état généralement fragmenté. Ces difficultés limitent ainsi notre compréhension des répartitions spatio-temporelles passées de leurs populations.

Pour surmonter ce défi, les scientifiques expliquent avoir effectué une recherche par spectrométrie de masse sur un nombre sans précédent de 719 spécimens archéologiques et paléontologiques d’os de baleine probables provenant des eaux européennes. Tous ces restes dataient d’environ 3 500 avant notre ère jusqu’au 18e siècle.

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Plusieurs ossements examinés pendant l’étude. Crédits : van den Hurk et al., Royal Society Open Science 2023

Deux espèces de baleines particulièrement ciblées

Pour rappel, les os contiennent du collagène. Or, nous savons que la composition chimique de cette protéine diffère selon les espèces et les familles de baleines. Ici, les résultats ont révélé un nombre élevé d’ossements de baleines noires de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) et de baleines grises (Eschrichtius Robustus), deux taxons qui ne sont plus présents dans l’est de l’Atlantique Nord.

Bien qu’il soit quasi impossible de savoir si un fragment d’os provient effectivement d’une baleine chassée plutôt que d’une baleine échouée sur une plage, le nombre disproportionné d’os appartenant à ces deux espèces sur les sites archéologiques suggère fortement que les Européens de l’époque médiévale les ciblaient spécifiquement.

Les 334 baleines noires identifiées dans l’analyse n’ont pas vraiment été une surprise pour le Dr van den Hurk. Elles sont en effet souvent mentionnées dans les sources historiques. En revanche, les baleines grises n’étaient pas aussi bien documentées jusqu’à présent.

Notez que la menace pesant sur les baleines noires de l’Atlantique Nord persiste encore. On ne dénombre en effet plus que trois cents individus restants dans le monde entier. Les baleines grises, qui ont de leur côté disparu de l’Atlantique Nord depuis plusieurs siècles, sont toujours communes dans le Pacifique Nord, ce qui nous ramène aux objectifs de ces travaux.

En savoir plus sur l’endroit où vivaient autrefois ces grands mammifères dans les eaux européennes pourrait en effet permettre aux scientifiques de contribuer à la conservation des populations actuelles, d’autant plus que le changement climatique modifie les écosystèmes des baleines.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Royal Society Open Science.