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Des cellules cancéreuses en état de “dormance” pour survivre à la chimiothérapie

Une cellule T attaque une cellule cancéreuse. crédits : photothèque scientifique

D’après une étude, les cellules cancéreuses seraient capables d’entrer en état de dormance pour éviter la destruction par chimiothérapie. Cela pourrait expliquer pourquoi certaines personnes répondent mal à ces traitements, mais aussi pourquoi certains cancers semblent “réapparaître” soudainement après plusieurs années.

Les cancers ont des taux de récidive différents. Nous savons aussi que nombre d’entre eux peuvent soudainement réapparaître et de provoquer une rechute au bout de quelques années. C’est la raison pour laquelle les médecins préfèrent parler de “rémission” plutôt que de “guérison”. On parle de rémission lorsque l’on ne décèle plus aucune cellule cancéreuse dans l’organisme durant les examens médicaux. Ce n’est qu’après un certain délai supplémentaire, qui varie en fonction du type de cancer, que l’on parle de guérison.

Depuis des années, les chercheurs tentent de comprendre comment certaines cellules cancéreuses peuvent ainsi “rester cachées” pendant des années avant de réapparaître.

Des recherches antérieures ont révélé que différents types de cellules cancéreuses utilisent potentiellement une variété de méthodes de la dissimulation dans les tissus adipeux à l’atteinte d’un nouvel équilibre avec le système immunitaire. Une nouvelle étude publiée dans la revue Cell nous révèle aujourd’hui une autre stratégie bien connue dans le règne animal.

En dormance pour survivre à la chimiothérapie

Cette étude préclinique a été menée sur des cellules cancéreuses colorectales humaines. En laboratoire, les chercheurs ont découvert qu’un traitement de chimiothérapie classique semblait conduire les cellules à un état à division lente. L’expression génique des cellules cancéreuses dans cet état ressemblait notamment étroitement à celle des embryons de souris passant à un état de type hibernation appelé “diapause embryonnaire”.

Généralement déclenché par des conditions environnementales défavorables, ce processus amène un organisme à interrompre essentiellement le développement d’un embryon jusqu’à ce que les conditions deviennent plus favorables à la survie. Ici, les cellules cancéreuses auraient grossièrement développé cette même capacité d’entrer dans des états de dormance pour éviter la destruction par chimiothérapie.

La tumeur agit comme un organisme entier capable d’entrer dans un état à division lente, conservant de l’énergie pour l’aider à survivre“, explique Catherine O’Brien, principale auteure de la nouvelle étude. “Il existe des exemples d’animaux opérant de manière similaire pour résister à des environnements difficiles“.

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Une cellule T attaque une cellule cancéreuse. crédits : photothèque scientifique

Cibler ces “ours endormis”

Une caractéristique clé de la diapause embryonnaire est un processus cellulaire appelé “autophagie“. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont découvert que les cellules cancéreuses s’appuyaient elles aussi sur ce même mécanisme. Lorsque cette capacité a été inhibée, les cellules cancéreuses ont dès lors été incapables d’entrer dans un état dormant, avant d’être finalement détruites grâce à la chimiothérapie.

Aaron Schimmer, du Princess Margaret Cancer Center, note que la compréhension de ce mécanisme offre un bon aperçu des raisons pour lesquelles certains patients ne répondent pas bien à la chimiothérapie. “Nous n’avons jamais vraiment su que les cellules cancéreuses étaient comme des ours en hibernation“, explique-t-il. “Cette étude nous indique également comment cibler ces ours endormis afin qu’ils n’hibernent pas et ne se réveillent pas pour revenir plus tard de manière inattendue“.