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Le CBD contre l’épilepsie et l’addiction aux opioïdes

Il est possible de considérer le CBD comme un complément alimentaire Crédits : Erin_Hinterland / Pixabay

La pharmacopée dédiée au soulagement des symptômes du sevrage aux opioïdes et des épilepsies dites « pharmaco-résistantes » ou « réfractaires » pourrait s’enrichir avec l’inclusion de médicaments à base de cannabidiol ou CBD, une molécule non psychotrope et non addictive extraite du chanvre industriel. Retour sur ces études qui permettent d’espérer…

Le CBD pour soulager les symptômes du sevrage aux opioïdes

Véritable problème de santé publique dans les pays de l’OCDE, l’addiction aux opioïdes est une préoccupation majeure pour les autorités de santé.

Les chiffres inquiétants de la consommation des opioïdes en France

Selon les chiffres de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), la prescription de ces médicaments antalgiques à la codéine, au fentanyl ou encore à la méthadone a plus que doublé (+ 150 %) entre 2006 et 2017.

Aussi, le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a quasiment triplé (+ 167 %) entre 2000 et 2017, passant de 15 à 40 hospitalisations pour un million d’habitants. Le nombre de décès attribués à la surconsommation de ces puissants anti-douleur a gagné 146 %, s’établissant désormais à « au moins un décès toutes les 42 heures », peut-on lire dans une communication de l’Assurance Maladie.

Une partie de la hausse de la consommation des opioïdes peut être expliquée par les plans ministériels pour l’amélioration de la prise en charge de la douleur mise en place à partir de 1998. En revanche, les opioïdes sont connus pour leur effet addictif, avec des symptômes modérés à lourds au sevrage. C’est donc tout naturellement que la communauté scientifique teste et évalue de nouveaux protocoles thérapeutiques pour faciliter la prise en charge des cas d’addiction à ces antalgiques. Fort de ses propriétés antalgiques, relaxantes et anti-inflammatoires, le CBD et le cannabis médical ont logiquement été envisagés.

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Crédits : Ajale / Pixabay

Cannabis médical : résultats contrastés dans le sevrage aux opioïdes à proprement parler

« Le cannabis légal n’est pas l’arme anti-opioïde espérée », titrait le magazine Slate.fr en juillet 2021, en écho à une publication du journal Health Economics. On y apprend en effet que le nombre d’admissions aux urgences liées aux opioïdes a effectivement baissé (- 7,6 %) dans plusieurs États américains (Californie, Maine, Massachusetts et Nevada) après la légalisation de la marijuana récréative, mais pas dans la durée, la baisse s’étant limitée aux six premiers mois suivants la légalisation.

D’autres études ont montré des résultats plus encourageants. C’est notamment le cas d’une enquête publiée dans le British Medical Journal, qui explique que les décès par overdose d’opioïdes ont pu être réduits de 17 % avec la mise en place « d’un ou deux dispensaire(s) de cannabis par comté ». Enfin, une étude parue dans la revue « Addiction » explique que les sujets présentant une addiction à l’héroïne, qui est un opioïde non médical, sont moins susceptibles de consommer cette substance s’ils consomment du cannabis récréatif dans le cadre d’un protocole de sevrage.

Cannabidiol : résultats encourageants dans le soulagement des symptômes du sevrage

L’arrêt des médicaments opioïdes après une certaine période de « consommation » donne généralement lieu aux mêmes symptômes constatés à l’occasion du sevrage aux opiacés, à certaines drogues voire à la nicotine.

Les sujets rapportent en effet des symptômes psychiques (dysphorie, état de manque, stress, anxiété, épisodes d’insomnie, fatigue voire asthénie), et des symptômes pseudo-grippaux avec notamment une myalgie, des frissons, des nausées et des troubles du transit (diarrhée notamment). L’arrêt des opioïdes s’accompagne également d’un certain nombre de signes qui peuvent impacter le quotidien du sujet : agitation, nervosité, sudation, horripilation (chair de poule) et tachycardie. Ces symptômes surviennent généralement entre 12 et 24 heures après la dernière prise et atteignent un pic au troisième jour. Les insomnies, le stress et l’état de manque peuvent persister pendant plusieurs semaines.

Une méta-analyse publiée le 22 octobre 2021 s’est intéressée au potentiel du cannabidiol dans le soulagement des symptômes du sevrage aux opioïdes en passant en revue 144 études antérieures. Voici une synthèse de ses principales conclusions :

  • Grâce à ses propriétés anxiolytiques, antidépressives, anti-inflammatoires, antiémétiques et antalgiques, le CBD présente une utilité avérée pour réduire l’intensité des symptômes du sevrage aux opioïdes.
  • Des observations cliniques (qui n’ont pas encore été validées par la recherche) laissent penser que le CBD réduit l’état de manque qui accompagne le sevrage aux opioïdes ;
  • Parce qu’il est généralement bien toléré, « le CBD ne présente aucun effet indésirable significatif, même lorsqu’il est administré en même temps qu’un puissant agoniste opioïde », conclut l’étude.

Malgré ces résultats encourageants, des études plus poussées doivent encore être réalisées pour évaluer le potentiel thérapeutique du CBD dans le cadre du sevrage aux opioïdes.

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Crédits : CBD-Infos-com

Le CBD dans le traitement des épilepsies pharmaco-résistantes

Cette maladie neurologique touche plus de 700 000 Français, ce qui en fait le trouble neurologique le plus fréquent après la migraine. Le 8 février 2021, à l’occasion de la journée mondiale de cette maladie, l’association Epilepsie France a dénoncé « le calvaire des familles faute de suivi ».

La grande expérimentation pilotée par le ministère de la Santé

En dépit d’avancées encourageantes dans la prise en charge des patients atteints de ce trouble convulsif, entre 20 et 30 % des épilepsies ne répondent pas aux traitements accessibles. C’est ce que l’on appelle les épilepsies « pharmaco-résistantes » ou « réfractaires ».

À la recherche de traitements innovants pour améliorer le quotidien des patients, le ministère des Solidarités et de la Santé a lancé une grande expérimentation pour évaluer le potentiel thérapeutique du cannabidiol et du THC dans la prise en charge des formes d’épilepsies réfractaires. Plus largement, cet essai clinique qui s’étalera sur deux ans s’alignera sur les indications définies par l’ANSM, à savoir :

  • Les douleurs généralement associées à certains types de cancers et les symptômes oncologiques résistants aux traitements disponibles ;
  • Les douleurs liées aux neuropathies qui résistent aux antalgiques usuels ;
  • La spasticité douloureuse des pathologies du système nerveux central ;
  • Dans une configuration de soins palliatifs ;
  • Les épilepsies réfractaires ou pharmaco-résistantes.

En mars 2021, le ministre de la Santé Olivier Véran a assisté à la toute première prescription du cannabidiol médical à un patient souffrant d’épilepsie au CHU de Clermont-Ferrand. Le protocole thérapeutique consiste généralement en un médicament 100 % CBD sous forme d’huile, qui peut éventuellement être substitué par un médicament 50 % CBD et 50 % THC en fonction de l’évolution de l’état du patient.

L’expérimentation portera à la fois sur l’efficacité de ces deux molécules, mais également sur les doses minimales efficaces. Rappelons que si le CBD est généralement bien toléré, avec essentiellement des effets secondaires digestifs temporaires, le THC est une molécule psychotrope et fortement addictive. Les résultats de cette expérimentation inédite devraient être communiqués au deuxième semestre 2023. Bien que de moindre envergure, des études antérieures présagent de résultats probants.

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Crédits : iStock

Épilepsies réfractaires : trois études encourageantes sur le potentiel du CBD

Les travaux publiés entre 2017 et 2018 par le professeur Orrin Devinsky, éminent chercheur sur les troubles épileptiques et directeur de NYU Comprehensive Epilepsy Center, ont mis en évidence la capacité du cannabidiol à améliorer le quotidien des patients souffrant de certaines formes d’épilepsies graves.

Dans une étude randomisée, contrôlée et en double aveugle, l’huile de cannabidiol à 10 % a permis de réduire la fréquence des crises atoniques (- 42 %) chez les enfants atteints du syndrome de Lennox – Gastaut, un syndrome épileptique progressif qui se manifeste par des crises d’absence toniques et une déficience intellectuelle. Les effets secondaires constatés ont été qualifiés de « légers » par les chercheurs, avec notamment des troubles du transit passagers et une somnolence diurne, sans doute liée à l’effet relaxant du cannabidiol.

Une autre étude randomisée et en double aveugle a évalué le potentiel du CBD (sous forme d’huile à 10 % de fabrication contrôlée) dans le soulagement des symptômes et des manifestations du syndrome de Dravet chez les enfants. Cette forme d’épilepsie grave, également appelée épilepsie myoclonique sévère du nourrisson, se traduit par des crises incontrôlées et des troubles du développement. L’huile de CBD à 10 % a permis une baisse du nombre de crises de 50 %, mais seulement chez 43 % des patients (contre 27 % pour les patients sous placebo).

Enfin, une étude non randomisée a mis en exergue une baisse de 50 % des crises convulsives mensuelles chez 52 % des patients supplémentés au cannabidiol et souffrant d’épilepsie pharmaco-résistante.

Au regard de l’ensemble de ces éléments, et si le cannabidiol ne peut être qualifié de remède miracle, il semble apporter une valeur ajoutée à la pharmacopée dédiée aux troubles neurologiques et à l’arsenal thérapeutique pour le soulagement de la douleur, du stress et de l’anxiété. L’expérimentation réalisée par le ministère des Solidarités et de la Santé devrait apporter davantage de réponses et enrichir les connaissances de la communauté scientifique en la matière.

En France, le cannabidiol « récréatif » a trouvé son public

Avec près de 7 millions de consommateurs, les produits à base de cannabidiol suscitent un engouement certain dans l’Hexagone. Selon les chiffres de l’association Interchanvr relayés par le média LSA Conso, le marché français du cannabidiol s’élèverait à 300 millions d’euros, et le nombre de magasins spécialisés dans les produits à base de CBD serait passé de 400 en 2020 à plus de 2 000 fin 2021… Une performance d’autant plus impressionnante que le statut juridique de la molécule a changé deux fois au cours des derniers mois.

En effet, un arrêté ministériel avait interdit la commercialisation des feuilles et fleurs de CBD pur le 31 décembre 2021, suscitant la colère des professionnels du secteur menacés de mettre la clé sous le paillasson. Saisi par ces derniers, le Conseil d’Etat a provisoirement levé cette interdiction qu’il a qualifié d’ « injustifiée » et de « disproportionnée », dans la mesure où le CBD autorisé à la commercialisation compte moins de 0,3 % de THC et ne présente donc aucun effet psychotrope. Rappelons ici la position du Comité Scientifique de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui estime que le cannabidiol « ne présente pas de risque d’abus ou de nocivité pour la santé publique ».

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Crédits : Pixabay / herbalhemp

Le marché français du CBD semble dopé par plusieurs facteurs :

  • La France accapare plus de la moitié de la production européenne de chanvre industriel, ce qui garantit aux grossistes, semi-grossistes et détaillants un approvisionnement continu en CBD. La France est même le troisième producteur à l’échelle mondiale, derrière le Canada et la Chine ;
  • L’augmentation de l’incidence du stress chronique favorise la consommation de ce type de produits relaxants ;
  • Comme l’a démontré le dernier Baromètre du Sommeil de Santé publique France, les Français ont perdu plus d’une heure et demie de sommeil en 50 ans, se contentant désormais de nuits de 6h30 en semaine. L’incidence des troubles du sommeil, notamment l’insomnie, favorise également la consommation de produits à base de CBD qui mobilisent leurs effets relaxants et anti-stress pour accélérer la phase d’endormissement ;
  • Le boom du e-commerce permet aux boutiques en ligne spécialisées dans le cbd en ligne de proposer des prix encore plus compétitifs, dans la mesure où elles optimisent leurs charges;
  • Des enseignes bénéficiant d’un capital confiance comme Carrefour ou Monoprix proposent désormais des produits à base de CBD, ce qui lève les craintes de certains consommateurs hésitants. Des opérations marketing contribuent également à la médiatisation du CBD. Monoprix a par exemple fait circuler un « CBD Truck » en région parisienne entre janvier et mars 2022 pour promouvoir l’ouverture de ses « espaces CBD » dans les rayons « beauté » et « parapharmacie » de ses magasins urbains.