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Déjà à cette époque, les castors figuraient au menu de nos ancêtres

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Crédits : John Woodhouse Audubon

Des chercheurs des universités Johannes Gutenberg de Mayence, du Leibniz Zentrum für Archäologie et de Leyde ont identifié des marques de coupure sur les os de deux espèces de castors provenant du site en plein air d’hominidés vieux de 400 000 ans de Bilzingsleben, en Allemagne. Ces résultats remettent en question l’idée préconçue d’une alimentation limitée à de grandes proies chez ces individus du Pléistocène moyen.

Des castors au menu il y a 400 000 ans

La manière dont nous comprenons l’alimentation des premiers hominidés est souvent limitée par un biais dans l’archéologie. Les restes bien conservés de grands mammifères prédominent en effet sur les sites archéologiques, tandis que les os d’animaux plus petits et les restes de nourriture végétale sont souvent moins préservés. Cela crée une lacune dans notre compréhension des régimes alimentaires des premiers hominidés.

Plus particulièrement, l’exploitation du petit gibier, comme les lapins, les lièvres et les castors, est rarement documentée avant les dernières phases du Pléistocène. Cette absence de preuves ne signifie pas nécessairement que les hominidés archaïques ne consommaient pas ces petits animaux, mais plutôt que les archéologues ont des difficultés à documenter ces éléments plus fragiles, ce qui nous ramène à cette nouvelle étude.

Une équipe de paléontologues apporte en effet de nouvelles données qui remettent en question la perception courante des habitudes alimentaires des hominidés du Pléistocène moyen du Paléolithique inférieur. Des traces de coupe, témoignant d’une exploitation systématique des castors, auraient plus précisément été identifiées dans l’important assemblage faunique du site d’hominidés vieux de 400 000 ans situé à Bilzingsleben, en Allemagne centrale.

L’analyse de ces marques de coupe suggère une chasse humaine répétitive, avec un accent particulier sur les jeunes individus adultes. D’après le modèle de répartition des marques de coupure, ces castors pourraient également avoir été ciblés pour leur peau ainsi que pour leur viande.

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Marques de coupe sur les squelettes de castor (les illustrations sont classées selon les parties du corps) et leur position anatomique. Les chiffres désignent les désignations d’inventaire des os individuels avec des marques de coupe. Crédits : Sabine Gaudzinski-Windheuser et coll./ Nature 2023

Un sens nutritionnel

Nous savions déjà que les preuves de régimes alimentaires plus diversifiés, y compris l’exploitation de petits animaux, sont plus abondantes dans les couches archéologiques plus récentes, notamment durant le Pléistocène supérieur. Ici, les nouvelles preuves démontrent une histoire similaire, beaucoup plus variée et complexe, déjà présente au Pléistocène moyen, remettant ainsi en question l’idée préconçue d’une alimentation limitée à base de grands mammifères.

L’exploitation et la consommation régulières de castors à Bilzingsleben avaient par ailleurs un sens nutritionnel. En effet, environ la moitié du poids de l’animal, soit dix kilogrammes sur un castor moyen de vingt kilogrammes, était consommable. Cette viande ( comprenant de la viande, de la graisse et des entrailles) était une source riche en protéines, en fer et en minéraux. La graisse contenait quant à elle entre 48,8 et 53 % d’acides gras polyinsaturés essentiels.

Les détails de l’étude sont publiés dans Scientific Reports.