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Les casoars ont-ils été domestiqués avant les poulets ?

Crédits : jmrockeman/Pixabay

Il y a 18 000 ans déjà, les humains de Nouvelle-Guinée ont peut-être collecté des œufs de casoars proches de la maturité, puis élevé les oiseaux jusqu’à l’âge adulte, selon une équipe internationale. Si l’étude se confirme, il s’agirait de la plus ancienne preuve de domestication aviaire jamais enregistrée.

Bien avant la domestication du poulet et des oies, les humains semblent avoir élevé une espèce d’oiseau différente beaucoup plus lourde et capable de vous entailler d’un seul coup de patte : le casoar. Dans les Actes de la National Academy of Sciences, une équipe dirigée par Kristina Douglass, professeure d’anthropologie et d’études africaines à l’Université de Pennsylvanie, décrit en effet plusieurs preuves suggérant que les populations de l’actuelle Nouvelle-Guinée prélevaient les œufs de ces oiseaux avant qu’ils n’éclosent non pas pour les consommer, mais pour les élever jusqu’à l’âge adulte.

L’importance des coquilles d’œufs

Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs ont développé une méthode pour déterminer l’âge d’un embryon de casoar au moment de la récolte de son œuf. Cette assignation d’âge dépend des caractéristiques tridimensionnelles retrouvées à l’intérieur de la coquille.

Pour développer la méthode nécessaire pour déterminer l’âge de développement des œufs lorsque les coquilles se brisent, les chercheurs se sont appuyés sur des œufs d’autruche utilisés dans le cadre d’une étude précédente visant à améliorer la reproduction de cette espèce. À l’époque, l’équipe en avait récolté trois par jour d’incubation pendant 42 jours. Douglass et son équipe ont ainsi pu travailler sur un échantillon de 126 œufs d’autruche.

Les chercheurs ont prélevé quatre échantillons de chacun de ces œufs (soit 504 au total), chacun ayant un âge spécifique. Ils ont ensuite créé des images 3D haute résolution de ces échantillons, ce qui a permis de créer une évaluation statistique de leur apparence pendant les étapes d’incubation.

Les chercheurs se sont ensuite tournés vers les collections de coquilles d’œufs de casoars retrouvées sur deux sites de Nouvelle-Guinée : Yuku et Kiowa. Ils ont appliqué leur approche à plus de mille fragments de ces œufs vieux de 18 000 à 6 000 ans. Sur la base de ce qu’ils avaient évalué avec les autruches, les chercheurs ont pu déterminer qu’une grande majorité de ces coquilles avaient été récoltées à des stades avancés.

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Les casoars pourraient avoir été domestiqués avant les poulets par des humains (courageux). Crédits : DaFranzos/Pixabay

Les œufs n’étaient pas consommés

Au moment de la découverte de ces restes de coquilles, les archéologues n’avaient trouvé que quelques os de casoars sur place : ceux des cuisses. Pour les auteurs, cela suggérait qu’il s’agissait de restes d’oiseaux chassés dans la nature et dont seules les parties les plus charnues avaient été ramenées. En outre, l’absence de brûlures sur les coquilles laissait également à penser que l’objectif de ces populations était bel et bien d’élever les nouveau-nés, et non de cuire les œufs.

Le fait de les prélever avant leur éclosion a du sens. Un oiseau nouvellement éclos décide que la première chose qu’il voit est sa mère. Si le visage d’un humain se dessine au premier coup d’œil, alors l’oiseau suivra l’humain n’importe où. Une fois atteint l’âge adulte, ces oiseaux étaient probablement abattus pour être consommés.

Pour les auteurs, le fait de faire éclore ces œufs et d’élever les poussins suggère l’idée que ces personnes savaient où se trouvaient les nids. Ils devaient également savoir quand les œufs étaient pondus dans le but de pouvoir les retirer du nid juste avant l’éclosion.

Rappelons également que deux des espèces d’oiseaux les plus lourdes enregistrées sur Terre au cours de ces derniers millénaires, le Moa de Nouvelle-Zélande (Dinornis robustus) et l’oiseau éléphant de Madagascar (Aepyornis), ont toutes deux rapidement disparu peu de temps après l’arrivée des humains sur leurs îles d’origine. En revanche, trois espèces de casoars ont survécu en Nouvelle-Guinée et en Australie, cohabitant avec l’Homme depuis des dizaines de milliers d’années. Il est donc possible que la survie de ces oiseaux soit liée à ce choix d’élever les jeunes jusqu’à l’âge adulte dans le but de consommer leur viande.