Un canyon sous-marin colossal découvert au fond de la Méditerranée

sel océans
Crédits : Pexels/Pixabay

Une étude publiée récemment rapporte la découverte d’un canyon sous-marin impressionnant, baptisé canyon d’Eratosthène. Il est situé à environ 120 km au sud de Chypre, dans le bassin méditerranéen du Levant. Ce canyon en forme de U mesure 500 mètres de profondeur et dix kilomètres de largeur. Il se serait par ailleurs formé il y a environ six millions d’années, au début de la crise de salinité messinienne (MSC).

Une mer méconnaissable

La crise de salinité messinienne (MSC), survenue il y a environ six millions d’années, représente un événement significatif dans l’histoire de la Terre qui a affecté divers systèmes terrestres. Cette crise a en effet touché l’hydrosphère (le système aquatique), la biosphère (le système biologique), la lithosphère (la couche externe solide de la Terre), mais aussi l’ensemble du système atmosphérique.

Cet événement a été déclenché par la réduction de l’ouverture de Gibraltar qui a conduit à l’isolement de la mer Méditerranée de l’océan Atlantique. En raison de cette restriction, l’évaporation dans le bassin méditerranéen a dépassé l’apport d’eau douce, ce qui a entraîné une augmentation significative de la salinité. Ce processus a ainsi transformé la mer Méditerranée en un bassin hypersalin.

Naturellement, cet excès de salinité a eu des répercussions majeures sur la vie marine et entraîné la mort de la faune marine incapable de tolérer de telles conditions. Parallèlement, l’évaporation continue a laissé derrière elle d’énormes dépôts de sel sur les fonds marins, ce qui a conduit à la formation de vastes couches de sel d’une épaisseur atteignant parfois trois kilomètres.

Cette période a également eu des conséquences profondes sur la géologie locale, dont une érosion exceptionnelle des marges continentales de la Méditerranée qui a entraîné la formation de canyons sous-marins profonds de plusieurs dizaines de mètres.

Plusieurs canyons de ce type qui traversent les marges du Levant, une région géographique située à l’est de la Méditerranée, ont été identifiés et décrits dans les années 1970. Plus tard, dans les années 2000, des recherches plus approfondies ont révélé que ces structures ne représentaient pas simplement des formations géologiques, mais étaient en réalité des entrées de chenaux sous-marins. Ces chenaux se sont étendus vers les parties plus profondes du bassin méditerranéen.

Un nouveau canyon gigantesque

Une nouvelle étude révèle une découverte significative concernant ces fameux canaux sous-marins formés pendant la crise de salinité messinienne (MSC). Contrairement à l’hypothèse initiale selon laquelle ces canaux se termineraient par des lobes sédimentaires terminaux dans le bassin du Levant, ils ont en réalité contribué à un système sédimentaire beaucoup plus vaste.

À l’ouest, ces canaux se fondent dans un système sédimentaire récemment identifié atteignant près de 500 mètres de profondeur, formant un canyon remarquable d’environ 10 km de large. La structure vient d’être baptisée Eratosthène, du nom du mont sous-marin voisin.

canyon d'Eratosthène crise de salinité messinienne
Le canyon d’Eratosthène récemment découvert se trouve à proximité du mont sous-marin d’Eratosthène, dans la mer Méditerranée orientale. Crédits : Commission géologique d’Israël

L’âge précis de l’incision du canyon d’Eratosthène reste sujet à des investigations supplémentaires, mais les chercheurs suggèrent qu’elle a probablement eu lieu au cours de l’étape 1 du MSC, il y a environ 5,6 millions d’années.

Ce canyon exceptionnel aurait ainsi été creusé avant le dépôt massif de sel par des courants de gravité, tels que des turbidites chargées de sédiments et/ou des saumures denses. L’augmentation de la salinité au début de la crise, associée à une possible baisse du niveau de la mer (dont l’amplitude nécessite une étude plus approfondie), pourrait avoir déclenché ces fameux courants gravitationnels. Ces derniers auraient alors agi comme des agents érosifs qui ont déstabilisé la marge continentale.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Global and Planetary Change.