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Canicule : record de chaleur et dégel au sommet du Mont-Blanc

Crédits : Pixabay.

Le dôme d’air chaud responsable de l’épisode caniculaire exceptionnel de cette fin juin laisse aussi bien sa trace en surface qu’en altitude. En effet, des records de chaud ont été relevés jusqu’à 4750 mètres dans le massif du Mont-Blanc, à seulement 60 mètres du sommet.

La canicule qui a débuté lundi dernier et qui s’achève ce dimanche et lundi – en tout cas sur la moitié nord – a fait sauter une pléthore de records de chaleur mensuels ou absolus. Comme attendu, le record national historique a été battu. On a relevé jusqu’à 45,9 °C à la station de Gallargues-le-Montueux dans le Gard, explosant le précédant record qui était de 44,1 °C. Notons par ailleurs qu’une dizaine de stations du sud-est ont dépassé ce dernier, témoignant d’un épisode réellement exceptionnel.

La situation n’était pas moins inédite en altitude. La masse d’air en provenance du continent nord-africain a atteint des valeurs jamais mesurées auparavant. En témoignent les données des radiosondages de Bordeaux et Paris présentées ci-dessous.

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Température maximale annuelle mesurée à 850 hpa (environ 1500 mètres) par radiosondage à Bordeaux entre 1948 et 2019. Notez la valeur record le 27 juin dernier et la tendance générale à la hausse. Crédits : Mika Rantanen.
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Idem que la figure précédente mais pour Paris. Crédits : Mika Rantanen.

Un intense dôme d’air chaud qui a d’ailleurs été perçu de manière très parlante en Suisse où les températures se sont envolées, notamment en altitude.

Dégel sur le toit de l’Europe

En conséquence, les régions montagneuses souffrent. Et le plus haut sommet d’Europe n’est pas épargné. On a relevé jusqu’à 6,8 °C au Mont-Blanc mercredi, à 4750 mètres d’altitude. C’est-à-dire seulement 60 mètres sous le sommet qui culmine à 4810 mètres. Une valeur améliorée ce samedi avec un 9,3 °C mesuré à la station de Colle Major. Un record. Les données sont accessibles sur le site de l’agence régionale de protection de l’environnement de la vallée d’Aoste.

Ainsi, tout le massif a été soumis au dégel en cours de journée – les températures redeviennent légèrement négatives la nuit à très haute altitude. Si ces conditions font la joie des amateurs de parapente, elles n’en restent pas moins délétères pour l’enneigement et les glaciers. De plus, la répétition de ces épisodes dégrade les parois rocheuses de la haute montagne, comme nous le mentionnions dans un article précédent.

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Données de la station de Colle Major (Mont-Blanc) entre le 29 et le 30 juin. Le point bleu situe le record de 9,3 °C. Crédits : http://www.arpa.vda.it

« Si ce coup de chaud reste unique, les conséquences ne seront pas très graves. Mais si ces épisodes se répètent durant tout l’été, cela peut entraîner des conditions dramatiques pour la montagne », précise Ludovic Ravanel, géomorphologue et chercheur au CNRS. On pense en particulier aux chutes de séracs, de blocs de pierre ou aux éboulements et effondrements de parois.

Des événements auxquels il va falloir s’habituer

Plus bas, à Chamonix, le thermomètre frôle ou dépasse les 35 °C depuis 5 jours. On a atteint 36,4 °C mardi dernier, ce qui constitue un record absolu dans l’histoire récente. D’autres valeurs inédites ont été recensées dans la région. Comme à la station du Tour (1500 mètres), au Col des Saisies (1614 mètres) ou encore à l’Aiguille du Midi (3845 mètres) où la température a dépassé les 16 °C mercredi dernier.

Glaciers Alpes
Crédits : pxhere.

Enfin, précisons qu’avec la poursuite du réchauffement climatique, les chercheurs s’attendent à ce que d’ici la fin du siècle, 30 à 40 % des jours d’été soient marqués par un dégel au sommet du Mont-Blanc. Symboliques, ces résultats présagent néanmoins de lourdes conséquences. Et ce aussi bien sur l’environnement que sur la vie sociale et économique (apports en eau, hydroélectricité, agriculture, tourisme, etc.).

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