in

La canicule meurtrière de 2021 en Amérique du Nord, un OVNI climatique

Anomalie de température du 25 juin au 3 juillet 2021. Crédits : Samuel Bartusek & coll. 2022.

Si la canicule meurtrière qui a frappé l’ouest de l’Amérique du Nord à la fin du mois de juin 2021 était un évènement quasiment impossible dans le climat du milieu du vingtième siècle, elle pourrait survenir une fois tous les dix ans d’ici à 2050 si rien n’est fait pour limiter le réchauffement climatique. C’est ce que rapporte une étude parue dans la revue Nature climate change ce 24 novembre.

Entre fin juin et début juillet 2021, le thermomètre a atteint des niveaux sans précédent du Nord-ouest américain au grand Ouest canadien. De très nombreux records de chaleur ont été battus, dont celui de la température la plus élevée jamais mesurée au Canada. En effet, un sidérant 49,6 °C a été mesuré dans le village de Lytton (Colombie-Britannique), un jour avant que celui-ci ne soit dévasté par les incendies. C’est donc véritablement l’intensité de l’épisode qui fait sa dimension historique, d’autant qu’il s’est développé remarquablement tôt dans la saison.

Une canicule historique issue d’un combo entre météo et climat

En raison de la dimension exceptionnelle de la canicule et de ses conséquences en termes de bilan humain ou environnemental, de nombreux travaux ont cherché à identifier les mécanismes qui ont conduit à sa survenue ainsi qu’à évaluer l’impact du changement climatique. Une nouvelle étude confirme le rôle aggravant de ce dernier, sans lequel la canicule de 2021 aurait été virtuellement impossible. En effet, la probabilité de survenue a été estimée à une sur plusieurs milliers dans les années 1950. Elle est aujourd’hui d’une sur deux cents.

Il s’agit donc encore d’un évènement très rare qui demande une certaine conjonction de facteurs météorologiques, mais dont le risque d’occurrence croît rapidement à mesure que le climat continue de se réchauffer. D’ici à 2050, un tel évènement pourrait ainsi survenir une fois par décennie. On voit à ce titre l’intrication des échelles météorologiques et climatiques, dont l’analyse est indispensable à la compréhension globale du phénomène. Cette intrication fait d’ailleurs l’objet de ce que les chercheurs appellent une amplification non-linéaire.

canicule
Anomalies de température (a), de pression vers cinq kilomètres d’altitude (b) et d’humidité des sols (c) du 25 juin au 3 juillet 2021. La zone d’étude est indiquée par une boîte noire. Crédits : Samuel Bartusek & coll. 2022.

Amplification non-linéaire

Le réchauffement augmente par exemple l’évaporation, ce qui assèche plus rapidement les sols. Or, un sol sec se réchauffe aussi plus vite. Ainsi, lorsqu’un système de hautes pressions se met en place, une amplification réciproque se produit : la chaleur croît rapidement, fait gonfler l’atmosphère et amplifie l’anticyclone d’altitude. Le régime anticyclonique se renforce alors sur la région, ce qui amplifie en retour l’assèchement des sols, un cercle vicieux qui accentue les extrêmes de chaleur au-delà de l’augmentation de la température moyenne.

Quant à l’origine de la canicule, elle est nécessairement météorologique et se situe dans un train d’ondes de grande échelle, appelées ondes de Rossby, initié dans l’ouest du Pacifique. En se propageant vers l’est, ces ondes se sont amplifiées et ont déferlé, à l’image des vagues qui arrivent sur le bord de mer, alimentant in fine un tourbillon anticyclonique de grande échelle sur l’ouest de l’Amérique du Nord.

« Nous pouvons nous attendre à d’autres périodes chaudes dans cette région et dans d’autres simplement en raison de l’augmentation des températures mondiales et de la façon considérable dont cela modifie la probabilité d’évènements extrêmes », rapporte Samuel Bartusek, auteur principal de l’étude.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".