Cancer du côlon : les cas explosent chez les moins de 50 ans

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Crédits : Mohammed Haneefa Nizamudeen/iStock

Dans le cas du cancer colorectal, la tumeur maligne affecte le gros intestin (dit aussi côlon) et le rectum. Et si auparavant cette maladie était généralement diagnostiquée chez des patients plus âgés (plus de 50 ans), une nouvelle tendance qui inquiète les médecins semble se dégager ces dernières années. En effet, de nombreux cas se déclarent de plus en plus tôt. Et si ces observations semblent globalement affecter tous les types de cancers, cette forme de cancer semble plus particulièrement concernée par le nombre de patients jeunes en augmentation avec notamment des nombres de cas qui explosent chez les adolescents.

Les cas de cancer colorectal chez les jeunes sont de plus en plus fréquents

Une nouvelle étude récente, qui sera présentée le 20 mai lors du congrès consacré aux maladies digestives (Digestive Disease Week) à Washington, a passé en revue les informations contenues dans une base de données américaine, la Disease Control Wonder Database, pour analyser les tendances en ce qui concerne les taux de cancers colorectaux chez une population plus jeune (entre 10 et 44 ans contre 50 ans et plus pour les patients à risque habituels.)

Or, les résultats sont inquiétants. En effet, les nombres de cas entre 1999 et 2020 montrent une explosion de 500 % chez les enfants de dix à quatorze ans, passant ainsi de 0,1 pour 100 000 en 1999 à 0,6 en 2020. La hausse est de 333 % chez les adolescents de quinze à dix-neuf ans qui, s’ils étaient 0,3 pour 100 000 en 1999, ont grimpé à 1,3 en 2020. Enfin, l’augmentation est de 185 % chez les jeunes adultes de vingt à vingt-quatre ans, soit 2 pour 100 000 en 2020 contre seulement 0,7 en 1999.

Les hausses concernent aussi les trentenaires. En effet, les chercheurs estiment la hausse à 71 % chez les 30 à 34 ans et 58 % chez les adultes entre 35 et 39 ans. « Le cancer colorectal n’est désormais plus considéré comme une maladie qui affecte uniquement les personnes âgées », affirme ainsi le docteur Islam Mohamed, résident en médecine interne de l’Université du Missouri-Kansas City (États-Unis). « Il est important que le public connaisse les signes et symptômes » de cette maladie.

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Crédits : Dr_Microbe/iStock

Des chiffres à relativiser

Anton Bilchik, chirurgien-oncologiste au Providence Saint John’s Cancer Institute de Santa Monica (États-Unis) qui n’a pas participé à l’étude et interrogé par MedicalNewsToday, se veut rassurant. « Ils utilisent des pourcentages, qui sont très élevés, pour suggérer qu’il y a une hausse de 400 ou 500 % chez les jeunes patients diagnostiqués du cancer du côlon. Toutefois, si vous traduisez cela en nombres absolus, on parle d’une différence d’un à deux pour un million contre six pour un million » en prenant en compte l’augmentation.

Reste que cette tendance ne semble pas se démentir et peut interroger sur les raisons de telles observations au sein de la population.

Comment expliquer ces diagnostics à un âge de plus en plus jeune ?

Comme l’explique le Dr Mauricio Maza, conseiller régional de l’OPS pour la prévention et la lutte contre le cancer, à BBC Monde : « nous passons d’une ère de maladies infectieuses à une ère de maladies chroniques, et cela a beaucoup à voir avec le mode de vie des gens. »

Et l’hérédité et la prédisposition génétique sont des facteurs de risque notables, l’expert ajoute que « les tendances en matière d’obésité, de tabagisme, de consommation d’alcool et d’alimentation changent » (notamment avec une consommation trop élevée de viande rouge et d’aliments transformés à ultra-transformés riches en graisse, et trop peu élevée en fruits, légumes et fibres), ce qui peut finalement affecter l’incidence de ce type de cancer et favoriser ainsi l’augmentation soutenue ces dernières années à l’échelle mondiale. S’y ajoutent aussi d’autres facteurs comme le manque d’activité physique régulière et le manque de sommeil.

D’autres facteurs de risque exposant au cancer du côlon

Anton Bilchik pointe également l’utilisation des antibiotiques : « il est bien connu que notre corps possède des trillions de bactéries qui composent le microbiome, et jouent un rôle important dans l’immunité et la prévention du cancer colorectal comme des maladies cardiovasculaires. Il est certainement possible qu’une utilisation sans discernement des antibiotiques à un jeune âge puisse neutraliser certaines de ces bonnes bactéries, prédisposant ainsi à la longue les jeunes gens au développement d’un cancer du côlon. »

Il avertit également sur l’importance des habitudes alimentaires et quotidiennes anti-inflammatoires, et de réduire celles qui sont pro-inflammatoires, prouvées comme favorisant le cancer : « nous devrions faire attention dès le plus jeune âge à ce qui est anti-inflammatoire, par exemple en mangeant les bons aliments et en ayant une alimentation équilibrée, en favorisant les aliments frais, et plus important encore en faisant du sport et en évitant un mode de vie trop sédentaire. »

La prévention et la recherche : essentiels face au cancer colorectal

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Crédits : Panuwat Dangsungnoen/iStock

Pour beaucoup de médecins et de chercheurs, ces cas en augmentations doivent en tout cas motiver un travail de recherche plus poussé pour identifier les facteurs de risque accompagné par des campagnes de prévention (alcool, tabac, alimentation, sédentarité, etc.) pour ne pas laisser cette tendance à la hausse des cas trop s’installer et persister.

Vous pouvez retrouver le communiqué de presse des chercheurs ici.