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Un ancien « calmar vampire » nommé en l’honneur de Joe Biden

Crédits : Christopher Whalen

Les pieuvres et autres calmars vampires sont célèbres pour leurs huit bras, mais l’un de leurs plus anciens parents en avait dix. Cette créature nouvellement décrite, nommée Syllipsimopodi bideni en l’honneur du président Joe Biden, évoluait pendant la période carbonifère il y a environ 328 millions d’années. Les détails de l’étude sont publiés dans Nature Communications.

Son fossile a été découvert dans le comté de Fergus, dans le Montana, avant d’être transféré au Musée royal de l’Ontario au Canada en 1988. Depuis, il n’avait jamais été examiné. C’est désormais chose faite.

Ce calmar n’était pas très grand. Son manteau (sans les yeux ni les bras) ne mesurait qu’environ 7,7 centimètres de long. Il reste malgré tout le plus ancien exemple de Vampyropoda connu. Ce clade, combinant les octopodes, les vampyromorphes et leurs parents, est l’un des trois principaux groupes de céphalopodes coléoïdes à coquille interne connus, les deux autres étant les Decabrachia (calmars, seiches, calmars Bobtail et Spirule) et les Belemnoidea éteints. Son évolution il y a 328 millions d’années, durant le Carbonifère, repousse l’existence de ce groupe à 82 millions d’années.

Un ancêtre à dix bras

Les calmars vampires (qui ne sont ni des calmars ni des vampires, mais qui portent le nom de la structure en forme de cape entre leurs bras) développent aujourd’hui huit bras et deux filaments fins. On pense que ces filaments sont des bras vestigiaux que les pieuvres ont quant à elles complètement perdus. Jusqu’à présent, tous les vampyropodes fossiles précédemment signalés préservant les appendices n’avaient eu aussi que huit bras. Celui-ci en avait dix. Pour les auteurs, ce fossile est donc peut-être la première confirmation de l’idée que tous les céphalopodes possédaient ancestralement dix bras.

Les chercheurs ont nommé la créature Syllipsimopodi bideni. Syllipsimopodi se réfère aux traductions grecques de « pied préhensile ». Il s’agit en effet du plus ancien céphalopode connu ayant développé des ventouses, permettant aux bras de mieux saisir les proies et autres objets. Le nom « bideni » est quant à lui un clin d’œil à Joe Biden qui venait d’être investi au moment où les chercheurs ont soumis leur article pour la première fois.

Lorsque S. bideni était vivant, le Montana était un environnement très différent. Située près de l’équateur, la zone était submergée sous une baie marine tropicale, tandis que les moussons saisonnières balayaient la région. Il est alors possible que de fortes pluies provoquées par ces moussons aient entraîné un afflux rapide de nutriments dans l’eau, l’appauvrissant de fait en oxygène. Un tel environnement aurait ainsi permis la préservation exceptionnelle de ce fossile.

À son époque, S. bideni se nourrissait probablement de crustacés, d’éponges, de brachiopodes et de conulaires que l’on pense être liés aux méduses.

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Le fossile vieux de 328 millions d’années. Crédits : Christopher Whalen
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Une illustration du calmar vieux de 328 millions d’années nommé d’après le président Joe Biden/ Crédits : K. Whalen

Des conclusions qui font débat

Bien que le fossile soit en assez bon état, certaines parties restent difficiles à interpréter. Par exemple, les chercheurs ont souligné deux rangées de ventouses sur chaque bras, plutôt qu’une seule comme on l’imaginait chez les premiers parents de calmars et de poulpes vampires.

En outre, certains réfutent l’idée qu’il s’agit bien d’un nouveau genre. Christian Klug, conservateur au Musée paléontologique de l’Université de Zurich, souligne en effet que ce fossile ressemble énormément à Gordoniconus, un céphalopode précoce, décrit en 1988 dans la même zone. « Les proportions et la forme de conque semblent identiques« , note le chercheur. « Et même si vous acceptez qu’il s’agisse d’une espèce différente : quelle est la probabilité d’avoir deux espèces différentes avec une forme presque identique dans le même habitat ?« 

De son côté, Christopher Whalen, du Musée américain d’histoire naturelle de New-York et principal auteur de l’étude, défend son hypothèse. « Je ne considère pas que Syllipsimopodi soit similaire à Gordoniconus en termes de proportion, de taille ou de forme de conque« , a-t-il ainsi déclaré à LiveScience. « De plus, il n’est en aucun cas inhabituel que des espèces similaires aient des aires de répartition qui se chevauchent. Par exemple, la plupart des gens sont habitués à voir plusieurs espèces d’oiseaux de taille similaire dans leur voisinage. De même, il ne serait pas inhabituel de voir plusieurs espèces de papillons dans le même jardin en même temps. »